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Pour un visage

jeudi 17 janvier 2008, par Jean-Louis Cloët

[Il ne s’agit pas de « faire visage » : il s’agit de faire corps avec l’avenir, dans l’oubli de soi et pour d’autres.]

Il suffit que la bouche s’efface enfin sous le sourire.
Il suffit que des yeux n’existe plus que le regard.
Il suffit d’entendre le souffle et non plus d’écouter les mots ;
il suffit d’écouter le ton et non plus d’entendre la voix.

Il suffit de voir… il suffit d’étreindre non plus un corps mais sa présence.
Il suffit de caresser bien, au-delà de la chair qui passe, de chercher l’âme inatteignable au-delà du désir encore.

Il suffit de laisser au temps l’instant qui meurt et de l’ouvrir.
Il suffit de ne s’accoupler jamais que dans un devenir.
Il suffit que l’amour l’achève pour qu’un visage échappe au Temps.

La vie ne vaut rien sans amour.

L’être ne vit bien qu’en écho.
Les cœurs gros seuls sont les cœurs grands, jadis creusés par la souffrance.
Un cœur gros peut loger le monde pourvu qu’il reste ouvert à tout.

Les cœurs grands seuls sont en vacances : les cœurs gros sont vides d’ego.
Prêts à tout recevoir de l’autre : et son désir et sa souffrance, et son silence et son attente… pour les porter, sereins, pour les accoucher « autre » enfin,
Ils savent :

— Une vie ne vaut que si on la dévoue.

(17 / I / 08)