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Pour en finir — une bonne fois ?… — avec Yves BONNEFOY ?

vendredi 2 novembre 2007, par Jean-Louis Cloët


En ce 1er novembre, jour de Toussaint. En ce 2 novembre, jour des morts.

DES HONNEURS & DES « HOCHETS »

« Yves Bonnefoy vient de recevoir à Prague le "Prix Franz Kafka" ! »

Sur son Blog, modestement intitulé « La République des livres », l’Imperator Assouline, le 31 octobre, Maître-es-pottins mondains ("et patati et patata"…  : le Stéphane Bern de la "littérature") est « LE SEUL ! » à avoir salué la nouvelle et félicité l’impétrant. À part les jeunes scolaires français, qui, en Terminales L, l’an passé, ont été obligés de se farcir Les Planches courbes [1], dans lesquelles notre « Gloire Nationale » envisage de se faire enterrer en grandes pompes tel un guerrier germain, soyons franc : personne dans le grand public ne connaît « Yves Bonnefoy »… personne !… alors qu’à l’enterrement de Victor Hugo, ou de Zola, il y avait même des illettrés, des « Misérables », qui savaient que ces deux bons hommes-là, des « Pères », étaient des « Grands Hommes [2] », des types à qui « la Nation se devait d’être reconnaissante ». Pourquoi ? Parce qu’ils s’étaient battus toute leur vie non pour leur pomme, leur petit nombril, mais pour eux, eux les pauvres, les miséreux, pour un idéal — même utopique, — pour un avenir — même utopique — puisqu’à l’époque, avec Guillaume d’Orange, dit « le Taciturne », on croyait encore dur comme fer que « point n’est besoin d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer [3] ». Autres temps, autres mœurs, n’est-ce pas ?…

« Yves Bonnefoy vient de recevoir à Prague, le "Prix Franz Kafka" !… Non, mais vous vous rendez compte !… Oh ! vous dormez, public de merde, public d’incultes, ou quoi ?!… »

Parmi les membres du jury : le critique allemand Marcel Reich-Ranicki (l’un des critiques les plus haineux, paraît-il selon la rumeur, et les plus méchants d’Europe) en personne !… L’éditeur anglais John Calder (comme les mobiles : modulable…)… Parmi les lauréats qui — dans le rôle du "tapis rouge" — ont précédé Yves Bonnefoy, « Le Plus Grand Poète Français Vivant » (si vous ne le saviez pas) : Philippe Roth, Harold Pinter, Ivan Klima, Peter Nadas, Elfriede Jelinek, Haruki Murakami… et, cette année — « Hara-kiri !… » — : Yves Bonnefoy. Yves Bonnefoy, couronné pour « l’ensemble de son Œuvre », pour — je cite, c’est trop beau !… — : « sa célébration homérique du monde ». Mais bien sûr ! les filles et les gars !… bêtes et incultes que nous sommes, « barbares » que nous sommes ! où avions-nous la tête ! bien sûr !… : Bonnefoy est Homère, comme Sollers est Dante, Littell à lui tout seul Tolstoï et Dostoïevski… et Assouline : Bergson… ou Walter Benjamin, si ce n’est Gershom Scholem en personne !

Cette vieille carne hargneuse de Reich-Ranicki, que l’on sait au besoin méchante comme une teigne et aboyeuse comme un roquet (c’est ce qu’on dit : à vérifier !…), déposant une couronne sur le front — virginal ? — surplombant les joues flasques de notre Cérès nationale qui la reçoit avec des pudeurs de rosière étouffant de remerciements muets, et, rosissante… : on imagine… Il y a même sur internet des photographies de notre « Poète National » — oh ! pardon ! Le concept de « Nation » si j’en crois le "non-père" Jean-Luc [Jean-Luc Nancy, bien entendu !… Avec Alain Badiou, “Le Plus Grand Philosophe Postmoderne Survivant”, oui, même les seconds rôles une fois que les vedettes sont mortes, bientôt les troisièmes, puis les quatrièmes, etc… c’est comme au cinéma : quand il n’y en a plus, il y en a encore…] n’a plus cours, — … je reprends donc : il y a même sur internet des photos de notre « Gloire "Post-Nationale" » donc, trônant, faussement modeste auprès de son trophée : un Kafka en bronze (coulé), ou en simili bronze, d’à vue d’œil environ 23 cms, phallus de substitution idéal, et un diplôme encadré, apparemment calligraphié.

« Yves Bonnefoy, Le Plus Grand Poète Français Vivant, Notre Gloire PostNationale, vient de recevoir à Prague le "Prix Franz Kafka", enfin, merde ! les gars !… Réagissez !… »

Et pourtant, non, décidément, il n’y a que Pierre Assouline, l’Imperator onctueux de « la République des livres », la crème, le capuccino des critiques, avec son éternelle tasse de café et son petit doigt en l’air, pour s’en extasier, tout ébouriffé par la nouvelle, qui, dans le monde parigo-germanopratin des admirations mutuelles, où seuls le narcissisme et l’égoïsme sont de règle, va faire grand bruit !… pendant une heure.

« Yves Bonnefoy a reçu "Le Prix Franz Kafka" ! »

Oui ? Bon ! Qu’est-ce que Kafka lui-même en penserait, à votre avis ?… Franz Kafka de son vivant a-t-il recu un “Prix Franz Kafka” ?… Yves Bonnefoy a reçu « Le Prix Franz Kafka » décerné par ce que le Cyrano de Rostand eut appelé un « concile que dans les cabarets tiennent les imbéciles », des imbéciles le cul bordé de nouilles qui n’ont pas un millième de seconde l’idée, l’ombre d’une idée, de ce qu’a pu être la vie de Franz Kafka, et son combat…

« Yves Bonnefoy a reçu « Le Prix Franz Kafka »… »

et Sully-Prudhomme le prix Nobel — le premier même !… — Alors quoi ?…

C’est vraiment le non-événement par excellence. Notre arbre de Noël postnational ou plutôt de carême postnational est plus décoré qu’un vieux général soviétique : les hochets, il n’a plus de place pour les accrocher ; il faudrait qu’il s’invente une nouvelle poitrine afin de pouvoir les porter tous, et, s’il y parvenait, là il y aurait peut-être événement, car, asthmatique de l’âme et du cœur comme il est, sa poésie, sur le tard — « mais il n’est jamais trop tard pour bien faire » — y gagnerait peut-être du souffle !

Poésie du ressassement depuis 1953, poésie de l’enlisement, du barbotage dans le bain fœtal et de la noyade mimée pas même assumée — chez Baudelaire au moins, ça se noit ! — Poésie de l’eau du bain qu’on n’a pas jeté avec le bébé — on se dit parfois : dommage ! — et, où le bébé a vieilli, poupon ridé… : Bonnefoy étant resté dans l’eau du rêve des bains que sa mère ne lui a pas donnés… Oh ! la vilaine !…
Poésie qui croit avoir compris quelque chose à Baudelaire, à Rimbaud, et, de fait n’y lit que l’écho de sa propre stérilité, les transforme en écrans vides, pour —dans « la société du spectacle » et afin d’y participer avec des airs, s’il vous plaît, de ne pas y toucher — y projeter sa propre image, espérant qu’on puisse la confondre avec celle des grands tutélaires…
Poésie qui se veut dans le droit fil de Mallarmé — qui l’est d’ailleurs — quand il s’étouffe, quand il s’étrangle et meurt d’un spasme de la glotte…
Poésie narcissique qui se circonscrit sur elle-même, tout entière tournée vers un moi infréquentable, focalisé, qui, à force de bile noire et de suc gastrique acide, tente de se digérer sans que jamais cela passe. Poésie de la crise de foi, de la crise de foie, des embarras gastriques, de l’indigestion dogmatique et philosophique sceptique et scepticémique, de la flatulence spirituelle qui tente de se réinventer une âme mais décidément se retient par convenance postmoderne et dit qu’elle « ne peut pas »… Poésie qui, parce qu’il se retient, parce qu’elle se retient enfin, compassée et constipée à l’extrême, quoiqu’il advienne, vous fait chier : pardon Rabelais, mais ça soulage !…
Poésie chiche et sèche de pruneau confit racorni, à jamais incapable — semble-t-il — d’altérité véritable, pas même avec soi-même, et en cela bien conforme, ou bien en phase avec la vulgarité égoïste de la société de consommation, de la société de consumation qui s’auto-consomme…
Poésie qui vous dit qu’on ne peut plus faire de poésie, qui esquisse un pas de danse lourde et pataude — Bonnefoy déguisé en Cérès avec son ventre de sénateur, sa face de carême et d’enfant boudeur — pour vous dire que décidément — « Niema !… Niema !…  » — non, on ne peut plus être lyrique —les postmodernes ont raison et Adorno est leur prophète — Ah ! la valse hésitation sur le sujet dans « Dans le leurre des mots », partie I & II, on y reviendra — …
Poésie qui ne rêve de titan et de passeur que pour leur faire avouer qu’il n’y a plus de père, qu’il ne faut plus croire aux mots, qu’« il faut oublier tout cela [ : "Père" et "Maison"] […]. Il faut oublier ces mots. Il faut oublier les mots [4]. »
Poésie qui renie père, mère, compagne et campagne, alors même que Rimbaud y voyait son salut : « je me souviens des heures d’argent et de soleil vers les fleuves, la main de la campagne sur mon épaule, et de nos caresses debout dans les plaines poivrées [5] »), qui ne voit « La Maison natale » que comme une « Maison d’Usher [6] » inondée qui suinte de toute part comme un gros qui sue après un effort et rêve d’être un petit rat… un petit rat de « l’Opéra fabuleux [7] » que, pourtant, il trahit, il renie tous les jours, depuis cinquante-cinq ans et plus.
Poésie, enfin, facilement récupérable et recyclable « à l’infini » : voyez le VRP du néo-lyrisme compassé, du lyrisme-anti-lyrique et postmoderne à souhait afin de pouvoir faire carrière à l’université : j’ai nommé Jean-Michel Maulpoix, l’héritier auto-proclamé.

Aller, par-delà presque le langage,
Avec rien qu’un peu de lumière, est-ce possible
Ou n’est-ce pas que l’illusoire encore,
Dont nous redessinons sous d’autres traits
Mais irisés du même éclat trompeur
La forme dans les ombres qui se resserrent [8] ?

D’UN « DÉSASTRE » CONVENU


— Qui êtes-vous, Yves Bonnefoy ?

— [Didascalie : Le "Grand Poète", la "Gloire PostNationale", d’une voix caverneuse, parodiant « la Bouche d’Ombre  [9] » rendant les oracles  [10]… mais on entend plutôt comme le bruit d’un borborygme confus  :] Plus rien !… non « […] plus rien qu’une / Vague qui se rabat sur le désir [11]. »

— Charmant !… Charmant vraiment… Pardon… Bonsoir, Monsieur !…

Bonnefoy ?… Qui est-il ?… « L’Étranger [12] » définitif — c’est pourquoi il se croit baudelairien — qui pousse son « De profundis clamavi [13] », soit, mais vers qui ?… Le père ? La Mère ? La « Sœur » ? L’absence de « frère » ? Pas même « les nuages [14] », non ! Chez Baudelaire il y a encore Dieu, sur le tout dernier nuage [15], « qui passe[…]… là-bas… là-bas [16] », Chez Bonnefoy, il n’y a rien : le vide.

S’il y a « jugement dernier » au seuil de la mort, ou par-delà la mort, il n’est qu’un seul juge, il ne peut être qu’un seul juge : l’enfant que l’on a été ; et, il ne vous pose qu’une question, qu’une seule :

— Qu’as-tu fait de mes rêves ?…
tant il est vrai qu’ainsi que l’écrivait le romantique et le catholique Vigny : « réussir sa vie, c’est réaliser à l’âge mûr les rêves que l’on a formés adolescent. » Pour ma part, très baudelairiennement, je corrigerais : « les rêves que l’on a formés enfant ». Dans une une certaine mesure, Bonnefoy doit en être convaincu lui aussi, qui met en scène dans son « récit-rêve » Les Planches courbes — récit majeur, puisqu’éponyme il donne son titre à tout le recueil, récit-testament — un enfant et un passeur qui ne sont autres que lui-même. Devenu vieillard, il confronte l’enfant au pseudo titan poétique qu’il serait devenu, à ce Charon de fait qui vit près du "Grand Fleuve" non de la vie mais de la mort, et ne peut plus passer avec sa barque l’enfant qu’il a été du monde du désenchantement, sans « pères » et sans « maisons », vers le monde enchanté où « pères » et « maisons » étaient encore possibles, habités qu’ils étaient encore par la croyance, reliés qu’ils étaient encore — religare, religere — à Cérès, présents au monde réel, habitant en somme le monde poétiquement selon le vœu d’un Hölderlin, sachant se moquer des « temps de misère ».
« Il n’y a pas de grandes personnes » disait très justement Malraux. Bonnefoy, qui est resté un vieil enfant, ce vieil enfant non-né qui n’a jamais su être au monde, confronté à l’adulte qu’il est devenu, lui demande pathétiquement et désespérément des comptes, lui demande d’être un père, comme Baudelaire tente d’être un père pour sa « Douleur » dans le poème « Recueillement [17] » : « Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille […]. » Si Baudelaire parvient ainsi à une contemplation finale après le tumulte intérieur, sinon sereine, apaisée, chérissant l’enfant qu’il avait pu être auprès d’un père admiré quoiqu’il l’ait tu, auprès d’un père aimé, et puisque l’enfant qui sommeille en lui fut aimé d’un père peintre qui lui a donné le seul viatique qu’il ait jamais eu en ce monde « le culte des images, [sa] grande, [son]unique, [sa] primitive passion [18] »… avec Bonnefoy qui se croit, qui s’est cru sans père toujours, enfant et adulte pseudo titan, pseudo géant, se retrouvent très vite "dans le bain" qu’est la vie, ou plutôt la non-vie des « limbes » : « dans cet espace sans fin de courants qui s’entrechoquent, d’abîmes qui s’entrouvrent, d’étoiles [19] », dans ce « chaos » au sens grec, qui restera chaos et n’accouchera d’aucun monde, même s’il semble les promettre comme la Nuit tourbillonnante des tableaux de Vincent Van Gogh. Van Gogh n’accouche pas de Poussin, il le digère et le chie, si j’en crois Antonin Artaud.
Si, à l’âge de l’adolescence, Bonnefoy, après une non-enfance « s’éveillai […] c’était en voyage [20] », dans le train de la vie — pour changer un peu de métaphore, — si, par la fenêtre, dans la campagne pas encore fermée à lui, semblait-il, en apparence, il y voyait encore comme la possibilité d’une démiurgie rédemptrice ou d’une foi rédemptrice (ce qui s’équivaut parfois) : « une flamme rouge qui s’y redressait, / Prenant à pleines mains le bas du ciel [21] »… il constate :

[…] Je ne dormais pas,
J’avais trop l’âge encore de l’espérance,
Je dédiais mes mots aux montagnes basses
Que je voyais venir à travers les vitres [22].

Autrement dit, il dénie aujourd’hui et depuis longtemps toute possibilité d’un Dieu, donc d’un Père, donc d’un Sauveur, donc d’une terre ressentie et envisagée comme étant une « Maison », tabernacle d’un Esprit saint. Et tout est dit.

Parce que « l’enfant est le père de l’homme » — et que « l’artiste est le seul fleuve qui remonte à sa source » comme le disait si bien mon Ami Philippe Brunet, — au seuil de la mort, en tous les cas dans son grand âge, Bonnefoy, dans « La Maison natale », partie capitale du recueil de recueils Les Planches courbes publié en 2001, tente de remettre ses pas dans les pas de l’enfant qu’il a été, de l’enfant qu’il a tenté d’être… et qui aurait tenté de naître ? Dans « La Maison natale » — est-ce pourquoi Bonnefoy se croit rimbaldien ? — on entend à chaque vers le constat rimbaldien : « Il m’est bien évident que j’ai toujours été de race inférieure [23] » ; mais si Rimbaud fait de ce constat un élément démonique [24] et dynamique, chez Bonnefoy, le sentiment se résout en apathie complaisante. Chez Baudelaire, il y a au moins la nostalgie du « vert paradis [25] » ; chez Bonnefoy, il n’y a pas de « paradise lost [26] » comme chez Milton, il n’y a donc pas de rédemption possible. Il y a simplement chez Bonnefoy « les rumeurs de l’autre rive, / Ces rires des enfants dans l’herbe haute, / Ces jeux des autres, à jamais des autres, dans leur joie [27]. » Comme disait Brel de ses aïeux dans une chanson fort connue : Bonnefoy est « gai comme le canal [28] » !…
Ne lui demandez pas de regretter sa mère, elle est « la sans-visage [29] ». D’ailleurs, qu’« a[…][t-il], en effet, à recueillir / De l’évasive présence maternelle / Sinon le sentiment de l’exil et des larmes / Qui troublaient ce regard cherchant à voir / Dans les choses d’ici le lieu perdu [30] ? » Dans « La Maison natale » il « pleu[t] doucement dans toutes les salles [31] » ; « De l’eau gliss[e] / Silencieusement sur le sol noir [32] » ; « si haute [est] déjà l’eau dans le[s] salle[s] [33] », qu’on ne peut même plus pousser les portes. On « entend[…] crier des voix derrière des portes [34] » — mais si on retrouve là le cagibi du Procès de Kafka, n’espérez pas une quelconque compassion pour les victimes, non — on est « saisi par ces douleurs qui cognent/ Aux chambranles qui se délabrent, [mais on se] hâte / [car] Trop lourde [vous] est la nuit qui dure [35] » ; dehors, « Il fai[t] nuit, des arbres se press[ent] / De toutes parts autour de [la] porte [36] » ; c’est « la vie murée dans la vie [37] ». Aussi,

[…] Comment garder
Audible l’espérance dans le tumulte,
Comment faire pour que vieillir, ce soit renaître,
Pour que la maison s’ouvre, de l’intérieur,
Pour que ce ne soit pas que la mort qui pousse
Dehors celui qui demandait un lieu natal [38] ?

Elle est bonne celle-là !… C’est à toi de nous le dire, mon vieux : en tant que poète, c’est ton boulot !… Et si tu n’es pas capable de trouver une réponse satisfaisante, change de boulot !… « Le poète n’a droit au pain et au vin au même titre que l’ouvrier que s’il donne aux autres l’espoir » disait Camus. « Les poètes sont là pour nous dire que le monde est beau, sans eux nous en douterions », pensait Anatole France également, bien oublié sans doute, mais qui n’a pas dit ou écrit que des conneries pour autant. La poésie n’est excusable surtout depuis Auschwitz, Auschwitz et Hiroshima, surtout depuis l’Irak et le 11 septembre 2001 et ce qui va suivre, que si elle donne aux hommes « L’Espoir [39] » pour compagnon — pour citer Malraux, « L’Espérance [40] » pour compagne, pour citer Péguy, et un bâton de pèlerin afin de tracer sa route, dans le ciel aussi : une étoile.
« Ne faut-il pas aider ceux qui là-bas / Nous demandent rivage ? Oui, clame l’ombre […] [41] » admet Bonnefoy. Mais comment peut-on aider les autres, quand on ne peut s’aider soi-même déjà ? Bonnefoy resté vagissant dans l’eau fœtale et dans la nuit, patauge. Il prétend — pensant peut-être à Thomas de Quincey et au Baudelaire des Paradis artificiels évoquant la présentation des enfants romains levés de terre pour être dédiés à la Déesse Levana [42] — être « l’enfant qu’elle n’avait sû [Cérès], / Elle pourtant si divine et riche de soi, / Soulever dans la flamme des jeunes blés / Pour qu’il ait rire, dans l’évidence qui fait vivre, / Avant la convoitise du dieu des morts [43]. »

— Oh s’il te plaît, sois mon père ! Sois ma maison [44] !

Dis l’enfant, dis Bonnefoy enfant au géant, à l’adulte qu’il est devenu… dis ainsi par écho, dis en abyme le lecteur à Bonnefoy qu’il prend pour un poète, puisqu’il s’affirme comme tel. Et Bonnefoy de répondre, de se répondre, puisqu’il ne parle jamais Bonnefoy qu’à soi-même, excluant à jamais toute altérité — quel que soit le paradoxe permanent de la publication de ses "œuvres" — :

— Il faut oublier tout cela, répond le géant [Bonnefoy], à voix basse [à l’enfant Bonnefoy qu’il trahit]. Il faut oublier ces mots. Il faut oublier les mots [45].

Dans l’aveu de son échec, ponctuellement, pour qui sait lire, Bonnefoy est au reste on ne peut plus explicite ; il faut au moins lui reconnaître cette franchise ponctuelle : décrivant sa mère, il la présente comme étant l’un de « ces deux grands êtres [qui] se parlaient au-dessus de [lui], à travers [lui] [46] », il la présente face au père inexistant pour lui, du plus loin qu’il pouvait regarder « né de race inférieure [47] » — comme l’eut écrit Rimbaud, — comme étant :

L’autre debout dehors comme une lampe,
Belle, tenant la coupe qu’on lui offrait,
Buvant avidement de toute sa soif.

Et il commente :

Ai-je voulu me moquer, certes non,
Plutôt ai-je poussé un cri d’amour
Mais avec la bizarrerie du désespoir,
Et le poison fut partout dans mes membres,
Cérès moquée brisa qui l’avait aimée [48].

On entend à nouveau Rimbaud qu’il invoque : « j’ai avalé une fameuse gorgée de poison [49]. » Mais Rimbaud a fait quelque chose de son malheur : une révolte, une insurrection permanente. Bonnefoy, non. Il est resté soumis, envasé, sans rien faire, sans rien tenter.

Comment pouvait-il se sauver ?… Comme Baudelaire : dans la vue, dans le regard qui « boit [50] » pour s’« enivrer [51] », dans « l’image » comme Baudelaire tenta de le faire, frénétique, redevenu jeune pour un temps, dans son fameux Spleen de Paris. Cet exutoire, il y avait déjà recouru ; il l’avait déjà tentée cette fuite salvatrice, tentée en 1861, en rajoutant « Tableaux parisiens » à ses Fleurs du Mal. « Dans l’image [52] », il pouvait y avoir l’imago, le papillon ; ce qui chez les catholiques est l’image même de la rédemption. Qu’en est-il chez Bonnefoy ? Dans « la maison natale » inondée, « sur les miroirs / Amoncelés partout [53] » renvoyant l’image de la psyché, des reflets, « maison natale » de mirages :

[…] de ces reflets […] parfois un visage
Se dégageait, riant, d’une douceur
De plus et autrement que ce qu’est le monde.
Et je touchais, hésitant, dans l’image,
Les mèches désordonnées de la déesse,
Je découvrais sous le voile de l’eau
Son front triste et distrait de petite fille.
Étonnement entre être et ne pas être,
Mais qui hésite à toujours la buée [54] […].

Quelle résurrection, rédemption possible dans ces conditions ?
Dans « la Maison natale », il n’y a de fait que les cartes :

Les cartes puisqu’il n’est pas d’autres images
Dans la maison natale pour recevoir
La demande du rêve [55] […].

Eh bien battons-les ! ces cartes !… Elles valent bien mieux que les mirages !… même les mirages de « déesse » « petite fille [56] » !… Mais non, pas d’engagement politique chez Bonnefoy : il est désespérément hors du monde, hors de toute « Cité [57] », hors de soi… Mallarmé était mal armé déjà pour affronter « De l’éternel azur la sereine ironie [58] », mais Bonnefoy — est-ce par pacifisme ? je ne le crois pas, — lui, n’est pas armé du tout. Il est mort déjà avant que tout commence !… Je vous l’ai dit, il n’est pas au monde, il n’est pas né. Alors ne lui demandez pas comment « habiter le monde poétiquement [59] » dans ces conditions. Ne lui demandons pas d’être « poëte [60] » en somme !

Avec tout mon bon sens belge, flamand, puisqu’« il faut oublier les mots [61] » à vous croire et à vous entendre, Camarade Bonnefoy… : oublions une bonne fois Yves Bonnefoy, une fois.

Monsieur Bonnefoy, puisque « les mots […] ne savent dire [62] », après plus de cinquante années d’histrionisme postmoderne, alors même que vous nous avez promis dans votre recueil si bien nommé « Dans le leurre des mots » : « C’est, bientôt, le silence [63] […] », prenez enfin votre retraite… : nous l’avons bien mérité.

ET POURTANT, POURTANT […] (air connu)

Au moment de ses élections successives à l’Académie royale de Belgique, puis à l’Académie française, où il est allé, parce qu’il les « compromettait » — selon le beau mot d’Éluard — et ne pouvait s’y compromettre lui, n’ayant rien à leur promettre que son éternelle désobéissance, bien réelle, sous le fard mondain, Jean Cocteau, avec l’élégance qui le caractérisait, concluait avec coquetterie mais non sans une certaine gène authentique : « pour recevoir ainsi une telle raclée d’honneurs, j’ai dû commettre quelque faute… » Le garnement, pardon, non, le « fayot de service » mis à l’honneur aujourd’hui, lui, est mis à l’honneur comme on met au coin de l’Histoire le cancre rêveur qui ne rêve rien, n’invente rien de neuf, avec un bonnet d’âne. On ne peut pas recevoir ainsi des « raclées d’honneurs » comme cela, sans avoir « commis quelque faute ». Si nous avions encore un doute sur le fait que les prix littéraires ne sont qu’une vaste farce, l’attribution du « Prix Franz Kafka » à « Bonnefoy » une fois, le dissipera… une bonne fois pour toute.

Avec Bonnefoy, une fois… — une fois de trop ! — ce qu’on vient de couronner, c’est l’imposture de cette littérature postmoderne, de cette « littérature en échec » qui n’a rien apporté que sa trituration délétère, scatologique et infantile, que son narcissisme mortifère, que son nihilisme en bref. Si Monsieur Yves Bonnefoy veut être un peu lucide avec soi-même, il doit savoir intimement qu’il a raté son Œuvre.

Cinquante-cinq ans de compromis, cinquante-cinq ans de lâcheté, à osciller entre la vraie poésie et la nécessité supposée et égotiste de « faire carrière », au lieu de « faire Œuvre » pour le bien d’une communauté. C’est un constat. On pourrait vite prendre Bonnefoy dans la jeunesse pour le « Vieux Con » le plus bordé de nouilles de la « littérature française », l’un des plus cabotins, l’un des plus creux ; et le fait qu’il vient de recevoir — décerné par une assemblée de mondains en chambre — un prix supposé honorer post-mortem l’un des écrivains les plus authentiques, les plus déshérités de la vraie littérature, l’un des plus immuablement honnêtes avec soi-même, avec autrui, avec une postérité à laquelle il ne croyait guère pour soi : Franz Kafka, n’arrangera rien. Pauvre Kafka : tu restes Juif même par-delà la mort : il faut qu’on se serve de toi, il faut à toutes fins utiles pour te caser quelque-part, t’attribuer une existence compatible avec la médiocrité ambiante, qu’on te « recycle », à l’infini.
On peut penser que de Bonnefoy, une fois qu’il aura cassé sa pipe, il ne restera que les traductions pendant quelques temps, puis, très vite — Du mouvement et de l’immobilité de Douve ! — les eaux de l’oubli les recouvreront elles aussi, se feront étales. Pour proposer des points de comparaison tangibles et explicites : cent ans de défécation ou de conception mentale de notre pape postmoderne constipé donc méritant puisqu’œuvrant parfois jusqu’au sang, cinq cents ans de production du pape de la poésie postmoderne ayant succédé au pape A. Breton au fond tout à fait solitaire lui aussi à sa façon, ne vaudra jamais un texte comme « La Dernière Classe » d’Alphonse Daudet dans Les Contes du Lundi ou même une œuvre de Erckmann et de Chatrian. La moindre phrase signée de Erckmann et de Chatrian vaut quinze volumes d’Yves Bonnefoy, et, le texte fameux « La Dernière Classe [64] », redisons-le, vaut mille ans de travail besogneux et de barbotage névrotique de notre pape de la poésie postmoderne.

« Et pourtant !… pourtant [65] !… » Vous auriez pu être un très grand poète, en tous les cas un bon poète, Yves Bonnefoy :

Je me souviens, c’était un matin, l’été,
La fenêtre était entrouverte, je m’approchais,
J’apercevais mon père au fond du jardin.
Il était immobile, il regardait
Où, quoi, je ne savais, au-dehors de tout,
Voûté comme il était déjà mais redressant
Son regard vers l’inaccompli ou l’impossible […]. /
Et […] l’enfant maladroit prend les cartes,
Il substitue à celles de l’autre jeu
Toutes les cartes gagnantes, puis il attend
Avec fièvre, que la partie reprenne, et que celui
Qui perdait gagne, et si glorieusement
Qu’il y voie comme un signe, et de quoi nourrir
Il ne sait, lui l’enfant, quelle espérance [66]. […]

C’est beau… C’est terriblement beau, cela, Bonnefoy !… Là, au moins, votre père, votre pauvre papa, vous ne le reniez pas !… Là, il nous est si grand, nous est si proche !… Là, au moins, une fois de plus, vous ne nous décevez pas… Parfois vous vous fendez d’un « il me semble aussi que n’est réelle / Que la voix qui espère, serait-elle / Inconsciente des lois qui la dénient. / Réel, seul, le frémissement de la main qui touche / La promesse d’une autre [67] […] » Mais cela ne dure jamais longtemps avec vous la présomption d’espérance dans le monde de « l’ère du soupçon [68] », dans le nihilisme ambiant, dans la soupe aux choux postmoderne ; comme un enfant, comme un sale gosse, il faut bientôt, il faut de suite, que vous cassiez le « joujou », que vous cassiez tout, pour « voir l’âme [69] », et, bien sûr, vous ne la trouvez pas :

Après quoi deux voies se séparent, et l’une d’elles
Se perd, et presque tout de suite, et ce sera
Tout de même l’oubli, l’oubli avide [70].

Déjà — c’est plus fort que vous ! — l’on retourne « Au rebord disloqué de la parole [71] », aux « ruines de la parole [72] », à « la lucidité qui désespère [73] ». Vous auriez pu être un grand poète, Bonnefoy, en tous les cas un bon poète, issu du peuple, ne le reniant pas… un grand poète populaire, comme l’avaient été Victor Hugo ou Louis Aragon avant vous… seulement voilà, vous avez voulu faire carrière, plaire aux universitaires pour qu’on fasse des colloques sur vous, pour qu’on vous ouvre certaines portes… alors que la vraie poésie est reine, fille de l’air, s’introduit partout sans qu’on l’invite, sans qu’on le lui autorise, comme Ariel ou Puck…
Vous avez raté votre vie, Bonnefoy, votre Œuvre en tous cas. Votre gloire est un bruissement de feuilles sèches… Elle se dissipera avec le vent de l’Histoire, quand il soufflera.

Oui, vous auriez pu être un bon poète, Monsieur Bonnefoy, mais vous avez choisi votre carrière, vous avez choisi de vivre entre la chèvre lyrique et le choux postmoderne… vous avez renié votre pauvreté ancienne — votre seule richesse authentique — vous avez renié les vôtres, vos parents : l’image que vous en donnez dans « La Maison natale » est terrible et sans doute fausse, en tous les cas n’apporte rien à leur mémoire ni à votre présent. Vous, en pensant à eux et en les pesant croyez-vous, vous n’avez comme tombe pour eux que « l’oubli, l’oubli avide [74] » ; et vous avouez vous-même après cet aveu : « J’aurai barré / Cent fois ces mots partout, en vers, en prose, / Mais je ne puis / Faire qu’ils ne remontent dans ma parole [75]. »

Dans la poésie de Bonnefoy : Absence de Dieu, du sacré… Absence du politique et de l’engagement… Absence résolue d’espoir et d’espérance… Bonnefoy serait-il « un non-né » comme je les appelle ? Un verbe qui cherche à occulter la non-vie, le non-lieu natal : une écriture de la honte. J’y reviens. Comment puis-je faire autrement ?

« Et pourtant !… pourtant !… » Oui, Monsieur Bonnefoy, la poésie sert à battre les cartes, quand le Destin, ou, plus simplement la classe sociale où l’on est né vous est contraire !… Elle sert à fraternellement aider nos frères à battre les cartes, « Dans la maison natale [qui est notre maison commune, notre "Maison du Peuple"] pour recevoir/ La demande du rêve [76] » ; elle est là pour inviter à tenter de les battre, de tenter de les battre sans cesse ces cartes, pour changer le jeu, même « maladroit [77] », la poésie n’est là que pour tenter de « substitue[r] à celles de l’autre jeu / Toutes les cartes gagnantes [78] », puis d’attendre, oui « Avec fièvre, que la partie reprenne, et que celui / Qui perdait gagne, et si glorieusement / Qu’il y voie comme un signe, et de quoi nourrir / Il ne sait, lui l’enfant [le poète !], quelle espérance [79]. » C’est à cela que sert, qu’a toujours servi la poésie : à Auschwitz comme ailleurs, partout !… toujours et en tous lieux !… Puisque vous le saviez, que ne l’avez-vous fait, mis en pratique !…

« l’oubli, l’oubli avide [80]. » vous l’avouez !… L’oubli du père, du père passé. L’oubli de tous les Pères, n’est-ce pas ?

J’aurai barré
Cent fois ces mots partout, en vers, en prose,
Mais je ne puis
Faire qu’ils ne remontent dans ma parole [81].

Quel enfant dans le père qui pourrait être encore le père de l’enfant en soi ? Il n’y avait donc plus d’enfant dans votre père, Bonnefoy ? Qu’en saviez-vous ? Qu’en savez-vous ?… C’était à vous d’aller chercher cet enfant en lui, à vous d’aller le prendre par la main comme Valjean prend Cosette par la main, Bonnefoy, l’enfant martyr, pour le ramener au jour. Vous ne l’avez pas fait. Ne nous accablez pas de vos jérémiades. Vous ne l’avez pas fait. Voilà. Tout est dit. Il n’y a plus rien à dire. « Les mots […] ne savent dire [82] » en effet. Les pages qui sont écrites ne sont plus à écrire, et on ne les cache pas sous des pages d’écriture postiches, potiches !… On écrit pour la vie en pariant sur la vie : on n’écrit pas contre la Mort si la vie n’a jamais été vécue. Du père, vous ne direz que ceci « la fatigue / Qui a été le seul nimbe des gestes / Qu’il fut donné à son fils d’entrevoir / Le détache déjà de cette rive [83] » Pas de père modèle. Un père ectoplasme, donc pas de « mort du père » non plus, donc, pas de maturité, pas de sexuation possible, et, de fait, la compagne apparaît comme l’autre… « étrangère », « celle qui rêva à côté de [vous] / Dans la maison perdue. À son silence / Soient dédiés, au soir, / Les mots qui semblent ne parler que d’autre chose [84] », bref, une fois de plus dans « les ruines de la parole [85] », « les mots qui ne savent dire [86] » Qu’est-ce que vous cherchez à justifier avec ce galimatias pathétique : la faillite de votre vie en même temps que la faillite de toute une époque : votre posthistoricité et votre postmodernité natives ?… Et les couilles, bordel !… Les couilles de l’Esprit, et les autres !… Elles vous ont été données pour quoi ?… La vie et la possibilité de créer et de transmettre la vie, vous ont été donnée pour quoi ?… Le monde s’arrête avec vous, Bonnefoy ?… !…

Tout l’échec de votre Œuvre se résume dans ce poème VII de La Maison natale, dans ce poème sublime que vous dynamitez vous-même, par convenance, par soumission aux doctes doxas postmodernes qui régissent encore le monde de la critique et de la "littérature", aujourd’hui. Mais Messieurs les postmodernes, vous allez bientôt rejoindre votre vraie place : « Les poubelles de l’Histoire » comme disait Lev Davidovitch Bronstein auto-nommé par dérision du nom d’un de ses bourreaux : Trotski… aux Koulaks et aux exploiteurs qui avaient mis le peuple russe en esclavage.

Pour situer la nouvelle géographie du monde pour vous, Bonnefoy, limitant l’univers à votre seule personne ou non-personne, c’est vous même qui concluez, évoquant — allégorie, portulan du désastre par avance annoncé, — dans votre salle de classe, dans cette salle de classe où vous n’avez jamais su être enfant, n’étant pas, n’étant jamais « né », une carte :

[…] cette carte de géographie, sur la paroi
Jaune, ce décolorement des noms et des formes,
Ce dessaisissement des montagnes, des fleuves,
Par la blancheur qui transit le langage,
Vois, ce fut ton seul livre. L’Isis du plâtre
Du mur de cette salle, qui s’écaille,
N’a jamais eu, elle n’aura rien d’autre
À entrouvrir pour toi, refermer sur toi [87].

Et Bonnefoy, quand même, de conclure sa « Maison natale » pour ménager le lecteur sans doute et ne pas se couper de sa clientèle, laisser présager d’autres épisodes :

Et pitié pour Cérès et non moquerie,
Rendez-vous à des carrefours dans la nuit profonde,
Cris d’appels au travers des mots, même sans réponse,
Parole même obscure mais qui puisse
Aimer enfin Cérès qui cherche et souffre [88].

— Allons, ce n’est pas Cérès que l’on trouve à vos carrefours, Bonnefoy, mais Hécate et ses chiens hurlants, l’Artémis des carrefours !…

Souvent, vous "défilant", vous faites semblant de nous parler de « Voyage » comme Baudelaire !… Mais avec l’ironie triomphante de Rimbaud, je constate que chez vous « On ne part pas [89] ! » Il ne s’agit pas d’aller courageusement « Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau [90] ! », non pas ! Le fond de l’inconnu chez vous est connu, on ne connaît que « çà » : c’est le retour vers le non-berceau, du non-natal, vers la non-maison du passé : raison du non-être, et, du fait que vous êtes ce que je nomme « un non-né [91] : », à la suite même de Baudelaire et de Kafka — sur ce point je l’admets — mais, vous, sans « panache [92] », oh oui ! sans aucun « panache » vraiment.

Nonobstant le désastre, l’ivresse perpétuelle du naufrage annoncé, du naufrage sûr, la certitude absolue par avance de l’échec du passeur qui ne passera rien ni personne : Admirez, Messieurs-Dames : « À la poupe est le nautonier, plus grand que le monde, / Plus noir, mais d’une matité phosphorescente [93]. » Une fois encore vous semblez invoquer Baudelaire comme argument d’autorité :
« J’ai trouvé la définition du Beau, — de mon beau […] : Satan, — à la manière de Milton [94]. » Est-ce là votre ultime coquetterie pour invoquer comme argument d’autorité aussi les spectres du romantisme allemand ?… Allons donc ! votre Diable, comme celui de Sollers, Bonnefoy, n’est pas celui de Baudelaire, encore moins de Byron, de Goethe ou de Chamiso : c’est un diablotin de kermesse flamande, avec un trident en plastique mou, une queue pas même fourchue mais en tire-bouchon comme celle des cygnes ou des canards, pour les accouplements démoniaques en milieux mouvants. Ne croyant pas ou plus aux Dieux, vous ne savez même pas vous damner !

Voici le constat : l’homme Bonnefoy — le "poète", vraiment, vous croyez ? — perdu « Dans le leurre des mots » depuis cinquante ans et plus, qui ne voit comme horizon pour lui que celui des « Planches courbes » de son cercueil votif à lâcher sur le grand fleuve — de l’Oubli ou de la renommée ?… — : pour un tel poète : quelle postérité ? Les jeunesses futures pourront-elles se reconnaître dans celui qui n’a jamais su être jeune, qui n’a jamais su être au monde, dans celui dont l’Œuvre dégouline d’auto-compassion, d’auto-sympathie : Narcisse qui cherche Écho, et va l’inventer dans sa voix… Mais l’aveu est là, il le dit lui-même, et on ne peut plus explicitement : « la voix que j’écoute se perd, / Le bruit de fond qui est dans la nuit la recouvre [95] » [brouillon de la formule : je suis la « Vague qui se rabat sur le désir [96] »

Lectrices, lecteurs !… si vous aimez comme moi la poésie qui bande — selon le principe coctélien de « l’érection mentale », s’entend, — qui bande à tous vents, qui fait l’amour à tous vents et qui féconde généreusement sans distinction d’âge, de classe et de race : fuyez, pauvres lectrices ! pauvres lecteurs !… la "poésie" d’Yves Bonnefoy, qui, depuis plus de cinquante ans, s’obstine ! On ne peut rêver plus grande débandade !… : le pire des « pleurards » romantiques — ils avaient leur fierté quand même — n’aurait jamais osé exhiber pareil déballage, pareille déroute éthique !… Et dire que ce sont ces Messieurs, Messieurs les postmodernes, ceux-là mêmes qui encensent Bonnefoy — solidarité d’impuissants — qui font la fine bouche devant le lyrisme !… Eh bien ! effectivement ! un lyrisme débandant comme cela et flapi comme cela, ils peuvent se le carrer où je pense !… Moi, je rêve d’un lyrisme priapique, exultant comme le « sexe / Tour Eiffel [97] ! » de notre bon Blaise, notre Maître à tous, à nous réactionnaires lyriques : j’ai nommé le grand "pour le coup" — un "coup" comme tous les autres à tirer, à tenter encore — : Blaise Cendrars !… Blaise Cendrars dont le sexe mental lyrique tel un sextant infaillible, gros comme la canne à pomme du bon Honoré (de Balzac), pointe toujours vers l’avenir pour des fécondations futures !… Honorés de balsa ou de sureau !… Cendres sans braises !… : disparaissez, dispersés au vent de l’Histoire qui revient souffler, pour notre malheur d’abord certes, mais pour notre réveil enfin, notre bonheur futur !… Dans les vents, les tempêtes à venir, Messieurs les petits messieurs, vous ne pesez pas tout en pesant, vous ne serez pas assez lourds : vous ne faites pas le poids !…

Il suffit de comparer le dernier livre sur Goya signé Bonnefoy avec le Saturne [98] de Malraux pour comprendre que sur les deux il en est un qui est un poseur dans le vent, une girouette en somme, qui n’a rien compris à rien. Le tragique ne se pense pas. Au corps défendant de la victime qui se défend, il s’incarne. Il se vit avec la chair et l’âme. Tout n’est pas récupérable.

POSTFACE : POUR QU’IL NE PERDE PLUS LA FACE

« Maître » — est-ce ainsi qu’il faut vous appeler ne serait-ce que par respect pour votre âge, votre longévité dans la profession, la longévité n’ayant jamais rien prouvé ? — ce que vous faites manque de cœur et de couille, de sang… ce que vous faites manque de vie, tout simplement… « la vraie vie est absente » de votre Œuvre, et tous les « Prix Franz Kafka » du monde, n’y viendront rien changer.

Abandonner les mots à qui rature,
Prose, par évidence de la matière,
L’offre de la beauté dans la vérité [99]

Ne comptez pas sur moi !… Autant ne plus écrire, autant se taire !…

Pour conclure sur un suspens qui vous laisse l’avenir ouvert… : je ne résiste pas au plaisir charitable et chrétien, Yves Bonnefoy, de vous suggérer, pour votre fin de "carrière" et pour clore et "parfaire" votre Œuvre, la lecture et surtout la méditation d’un poème, il est de Charles Péguy ; peut-être vous amènera-t-il à réorienter votre Œuvre. Vous savez ce que disait le curé d’Ars : « entre le pont et l’eau, il y a pour Dieu encore la place pour une rédemption possible » ; il suffit simplement de regretter, d’avouer que l’on s’est trompé. L’erreur est humaine, même pour un poète, oui… Ce poème, cette lecture que vous allez faire, permettez-moi de la dédier à votre mère, à votre père, en ces jours de Toussaint et de fête pour tous les "morts", pour beaucoup plus vivants que nous, en Dieu… :

L’ESPÉRANCE

La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’espérance.
La foi, ça ne m’étonne pas, ça n’est pas étonnant.
J’éclate tellement dans ma création.
Mais l’espérance, dit Dieu, voilà ce qui m’étonne.
Ça c’est étonnant, que ces pauvres enfants voient comment tout ça se passe
et qu’ils croient que demain ça ira mieux, qu’ils voient comment ça se passe aujourd’hui et qu’ils croient que ça ira mieux demain matin.
Ça c’est étonnant et c’est bien la plus grande merveille de notre grâce.
Et j’en suis étonné moi-même.
Il faut, en effet, que ma grâce soit d’une force incroyable, et qu’elle coule d’une source et comme un fleuve inépuisable.
La petite espérance s’avance entre ses deux grandes sœurs, et on ne prend seulement pas garde à elle. Sur le chemin du salut, sur le chemin charnel, sur le chemin raboteux du salut, sur la route interminable, sur la route entre ses deux sœurs, la petite espérance s’avance.
C’est elle, cette petite, qui entraîne tout.
Car la foi ne voit que ce qui est,
Et elle, elle voit ce qui sera.

La charité n’aime que ce qui est,
Et elle, elle voit ce qui sera.
La foi voit ce qui est dans le temps et l’éternité.
L’espérance voit ce qui sera dans le temps et l’éternité.
Pour ainsi dire dans le futur de l’éternité même.

Charles Péguy


POST-SCRIPTUM : Excusez-moi, je ne relis pas. J’ai fait cela sur un coin de table, vite, et en vous accordant pourtant beaucoup de mes temps de loisir.
Vous trouverez sans doute mon ton débraillé, à la hussarde, « populaire », insupportable de vulgarité ? Sans doute, est-il plaisant d’être vulgaire avec quelqu’un qui se croit si éminemment "distingué".
Pardon « Maître » ; je ne suis pas “politiquement correct” ; je ne défends pas une carrière comme un arriviste. Je n’ai à ménager personne ainsi : que ceux qui le méritent, presque toujours les humbles, les gens de peu. Je dis ce que je pense honnêtement, en ayant pour vous le respect de “ma” vérité. Je fais l’effort ici de la partager avec vous et avec cette faune qui gravite autour de vous.

[Si la lectrice ou le lecteur souhaitent une ouverture, je leur suggère de se reporter à mon article « Franz Kafka & les postmodernes », extrait d’une étude approfondie sur Kafka, encore inédite à ce jour ; dans le même ordre d’idée, ils pourront lire aussi, avec profit j’espère, un article sur Blaise Cendrars, véritable rénovateur de la poésie lyrique, vainement pillé par Apollinaire. S’ils souhaitent mieux situer notre position théorique, outre les éditoriaux, je leur suggère, un article sur René Guy Cadou : http://utopiktulkas.free.fr/polaire/spip.php?article12&var_mode=calcul

[Si vous voulez savoir ce que des jeunes aimant la littérature pensent de Bonnefoy, j’ai trouvé ce forum, vous verrez : pour certains c’est sans appel, c’est édifiant : http://66.102.9.104/search?q=cache:Cm41F5YES-IJ:jeunesecrivains.superforum.fr/Auteurs-f10/Yves-Bonnefoy-t4634.htm+%22je+d%C3%A9teste+bonnefoy%22&hl=fr&ct=clnk&cd=1&gl=fr]


[1.— Yves Bonnefoy, Les Planches courbes, ensemble de recueils comprenant La Pluie d’été, La Voix lointaine, Dans le leurre des mots, La Maison natale, Les Planches courbes, L’Encore aveugle, Jeter des pierres. Toutes les notes relatives à l’ouvrage se référeront à l’édition parue aux éditions Gallimard, coll. « Poésie/Gallimard », 2005. Il convient de rappeler que toutes les jeunes Françaises et les jeunes Français de Terminales L ont dû étudier en 2005-2006, puis en 2006-2007 cet ouvrage que l’Éducation Nationale avait mis au programme du Bac. Ce que c’est que les relations, à défaut de célébrité populaire et réelle, quand même !…

[2.— au sens où le Panthéon l’entend.

[3.— La phrase stellaire était affichée imprimée en garamond au dessus des presses à bras de Guy-Levis Mano, du « Bénédicin de la poésie » — comme l’appelait Seghers, — dans l’atelier de la rue Huyghens, à Paris. G.L.M n’aura jamais "fait carrière"… il aura par contre pris tous les risques, pour voir des "maisons d’édition" ensuite, comme Gallimard, récupérer ses auteurs, une fois les auteurs lancés, sans même dire ou mentionner qu’il avait été le premier à les publier. Salauds de capitalistes ! Quand Juan Ramon Jimenez a reçu le prix Nobel, G.L.M. avait été le seul en France à le publier.

[4.— Les Planches courbes, ed. cit., p. 104.

[5.— Arthur Rimbaud, « Vies, I », in Les Illuminations , in Œuvres, éd. Garnier-frères, Paris, 1960, p. 264.

[6.— Voir : Edgar Allan Poe, « La Chute de la maison d’Usher ».

[7.— Arthur Rimbaud, « Alchimie du verbe », in « Délires, II », in Une saison en enfer, in Œuvres, éd. Garnier-frères, Paris, 1960, p. 233.

[8.— Dans le leurre des mots, I, éd. cit., p. 73.

[9.— Des poèmes du Grand Victor !…

[10.— En se prenant pour Valéry, sans doute ?…

[11.— Dans le leurre des mots, I, éd. cit., p. 76.

[12.— Voir : Charles Baudelaire, « L’Étranger », in Le Spleen de Paris, I.

[13.— Voir : Charles Baudelaire, « De profundis clamavi », in « Spleen et Idéal », XXX, in Les Fleurs du Mal.

[14.— Voir : Charles Baudelaire, « L’Étranger », in Le Spleen de Paris, I.

[15.— Voir : Charles Baudelaire, « Les Vocations », in Le Spleen de Paris, XXXI.

[16.— Voir : Charles Baudelaire, « L’Étranger », in Le Spleen de Paris, I.

[17.— Charles Baudelaire, « Recueillement », paru le 1er novembre 1861, in La Revue européenne, rajout de la troisième édition des Fleurs du Mal.

[18.— Charles Baudelaire, Mon cœur mis à nu, LIII.

[19.— Les Planches courbes, p. 104.

[20.— La Maison natale, VI, p. 89.

[21.— La Maison natale, VI, p. 89.

[22.— La Maison natale, VI, p. 89.

[23.— RIMBAUD, « Mauvais sang », in Une Saison en enfer, in Œuvres, éd. Garnier-frères, Paris, 1960, p. 213-214.

[24.— néologisme qui rappelle que l’homme est la rencontre d’un Ange et d’un démon, que sa vie est leur combat.

[25.— Charles Baudelaire, « Moesta et errabunda », in « Spleen et Idéal », LXII, in Les Fleurs du Mal.

[26.— John Milton, The Paradise lost, 1667.

[27.— La Maison natale, I, éd. cit., p. 83.

[28.— « C’était le temps où Bruxelles chantait… »

[29.— La Maison natale, I, éd. cit., p. 83.

[30.— La Maison natale, IX, éd. cit., p. 93.

[31.— La Maison natale, II, éd. cit., p. 84.

[32.— La Maison natale, IV, éd. cit., p. 86.

[33.— La Maison natale, I, éd. cit., p. 83.

[34.— La Maison natale, V, éd. cit., p. 87.

[35.— La Maison natale, V, éd. cit., p. 87.

[36.— La Maison natale, III, éd. cit., p. 85.

[37.— La Maison natale, III, éd. cit., p. 85.

[38.— La Maison natale, XII, éd. cit., p. 97.

[39.— Voir : André Malraux, L’Espoir, 1937.

[40.— Voir : le texte de Charles Péguy, cité en fin de l’article comme ouverture aux débats.

[41.— La Maison natale, XI, éd.cit., p. 96.

[42.— Voir : Charles Baudelaire, « Levana et nos Notre-Dame des Tristesses », in « Visions d’Oxford », in Un mangeur d’opium, VIII, in Les Paradis artificiels : « Qu’est-ce que Levana ? C’était la déesse romaine qui présidait aux premières heures de l’enfant, qui lui conférait, pour ainsi dire, la dignité humaine. "Au moment de la naissance, quand l’enfant goûtait pour la première fois l’atmosphère troublée de notre planète, on le posait à terre. Mais presque aussitôt, de peur qu’une si grande créature ne rampât sur le sol plus d’un instant, le père, comme mandataire de la déesse Levana, ou quelque proche parent, comme mandataire du père, le soulevait en l’air, lui commandait de regarder en haut, comme étant le roi de ce monde ; et il présentait le front de l’enfant aux étoiles, disant peut-être à celles-ci dans son cœur : « Contemplez ce qui est plus grand que vous ! » Cet acte symbolique représentait la fonction de Levana. »

[43.— La Maison natale, XII, éd.cit., p. 97.

[44.— Les Planches courbes, p. 104.

[45.— Les Planches courbes, p. 104.

[46.— La Maison natale, III, p. 85.

[47.— RIMBAUD, « Mauvais sang », in Une Saison en enfer, in Œuvres, éd. Garnier-frères, Paris, 1960, p. 213-214.

[48.— La Maison natale, III, p. 85.

[49.— Arthur Rimbaud, « Nuit de l’enfer », in Une saison en enfer, in Œuvres, éd. Garnier-frères, Paris, 1960, p. 220.

[50.— Voir : Charles Baudelaire, « À une passante », in « Tableaux parisiens », XCIII, in Les Fleurs du Mal.

[51.— Voir : Charles Baudelaire, « Enivrez-vous », in Le Spleen de Paris, XXXIII : « enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »

[52.— La Maison natale, II, p. 84.

[53.— La Maison natale, II, p. 84.

[54.— La Maison natale, II, p. 84.

[55.— La Maison natale, VII, p. 91.

[56.— La Maison natale, II, p. 84.

[57.— qu’il s’agisse de celle de Platon, d’Aristote… a forciori de Saint Augustin.

[58.— Stéphane Mallarmé, « L’Azur », in Poésies.

[59.— Pour reprendre le viril et si poétique mot d’Hölderlin.

[60.— C’est cette graphie du mot que préférait Baudelaire.

[61.— Les Planches courbes, p. 104.

[62.— La Maison natale, VII, p. 90.

[63.— Dans le leurre des mots, p. 74.

[64.— Oui, j’ai l’âme dun « hussard noir de la République » tout en étant catholique à la manière de Péguy, pas de Bernanos.

[65.— Que Monsieur Charles Aznavour me pardonne cet emprunt passager.

[66.— La Maison natale, VII, p. 90-91, passim.

[67.— Dans le leurre des mots, II, p. 77.

[68.— Pour emprunter son titre au livre célèbre de Nathalie Sarraute, en 1956.

[69.— Charles Baudelaire, « La Morale du joujou ».

[70.— La Maison natale, VII, p. 91.

[71.— Dans le leurre des mots, II, p. 77.

[72.— Dans le leurre des mots, II, p. 78.

[73.— Dans le leurre des mots, II, p. 77.

[74.— La Maison natale, VII, p. 91.

[75.— La Maison natale, VII, p. 91.

[76.— La Maison natale, VII, p. 91.

[77.— La Maison natale, VII, p. 91.

[78.— La Maison natale, VII, p. 91.

[79.— La Maison natale, VII, p. 91.

[80.— La Maison natale, VII, p. 91.

[81.— La Maison natale, VII, p. 91.

[82.— La Maison natale, VII, p. 90.

[83.— La Maison natale, VIII, p. 92.

[84.— La Maison natale, X, p. 94.

[85.— Dans le leurre des mots, II, p. 78.

[86.— La Maison natale, VII, p. 90.

[87.— La Maison natale, V, p. 88.

[88.— La Maison natale, XII, p. 97-98.

[89.— Arthur Rimbaud, « Mauvais Sang », in Une saison en enfer, in Œuvres, éd. Garnier-frères, Paris, 1960, p. 214.

[90.— Voir : Charles Baudelaire, « Le Voyage », VIII, in « La Mort », in Les Fleurs du Mal.

[91.— Voir : pour expliquer ce concept, mon article consacré à Franz Kafka

[92.— Celui d’Henri IV, ou, plutôt du Cyrano de Rostand, 1897.

[93.— Dans le leurre des mots, I, p. 74.

[94.— Charles Baudelaire, Fusées, X.

[95.— Dans le leurre des mots, I, p. 75.

[96.— Dans le leurre des mots, I, p. 70.

[97.¬— Blaise Cendrars, « Tour », in Dix-neuf poèmes élastiques, II, in Du monde entier, poésies complètes 1912-1924, éd. Gallimard, coll. « Poésie/Gallimard, 1991, p. 71.

[98.— André Malraux, Saturne. Essai sur Goya, éd. Gallimard, 1950 ; puis Saturne. Le destin, l’art et Goya, éd. cit., 1978.

[99.— Dans le leurre des mots, II, p. 77.