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De la récupération considérée comme un des Beaux-Arts

Poupée du PAF, Monsieur Philippe Sollex fait ses adieux à la scène…

lundi 15 octobre 2007, par Jean-Louis Cloët

Ah !… Mystère des synchronies !… Ce que le hasard fait bien les choses, quand même !…

Est-ce parce que l’écologie est en vogue depuis quelques temps ?… Allez savoir !… À force de courir après toutes les modes pour tenter de les rattraper afin de donner l’illusion qu’il en est l’instigateur, l’instigateur infatigable, Philippe Sollex — pardon : Sollers — a deux bœufs blancs, a deux bœufs blancs dans son étable… Un s’appelle Yannick Haenel, l’autre François Meyronnis. Ils sont au box, bien installés devant la mangeoire pleine et journellement renouvelée de chez Gallimard, sur une litière journalistique régulièrement changée (Le Nouvel Obs, la Croix […])… et, ils rêvent… ruminant et battant des cils, les yeux vagues, plein d’« Infini »… : ils rêvent de « Ligne de risques » — le titre de leur revue, — autant dire, confortablement installés qu’ils sont chez Gallimard, de ligne Maginot ou Siegfried.

Philippe Sollers a deux bœufs blancs… blancs comme la blanche hermine, chacun : ô combien !… blancs comme les saintes colombes de l’Annonciation de son éternel retour… blancs comme le chèque en blanc qu’il leur a donné à « L’Infini » pour assurer l’illusion, le spectre de son éternel come-back de vieille star du Show-biz littéraire, de vieille poupée du PAF et des chroniques.

Prenant sa vessie pour le phare d’Alexandrie comme d’autres parfois (telle Hécate aux carrefours agitant ses chiens) peuvent prendre leurs ovaires pour des lanternes, Haenel s’est spécialisé dans la lingerie fine, et les différentes parties — vénitiennes ou pas, vénériennes ou non — qui s’y associent. N’ayant guère d’imagination dans la matière, paraît-il, il paraît qu’il ne dédaignerait pas d’aller chercher des idées chez ses collègues qui ont plus de pratique et d’expérience que lui (voir l’article d’Alina Reyes sur Stalker).
Meyronnis, lui, se spécialise dans le combat anti-nihiliste, depuis peu. Il vient de faire paraître aux éditions Gallimard, bien sûr — en pillant au passage déjà une partie d’un titre de Thomas de Quincey : De l’assassinat considéré comme un des Beaux-Arts, 1827, — De l’extermination considérée comme un des Beaux-Arts. Il y démonte les mécanismes pervers des ouvrages des vilains Houellebecq et Littell. Le problème, c’est qu’il les démonte un peu tard.

Sollex errant entre les petites culottes — et dans quel état ! — on connaissait déjà… [ : le Roi Sollers, coupe Jeanne d’Arc — pas de bol ! —, boudiné, ballant, baguenaudant, la main papale, nous contant bagué, borgiaquement, orgiaquement, les histoires salaces des Joyaux de la couronne, la pipe au bec, emmanché d’un court porte-cibiche pour y faire croire, bon…] mais Sollex, éminence grise précédée de son estafette, lancé dans le combat anti-nihiliste, anti-postmoderne en un mot : cela c’est de l’inédit, de l’ordre du scoop. On pourrait résumer la chose à une formule et une seule, une bonne brève de Clémenceau reprise par Jean Cocteau qui était coutumier du fait : « Quand les événements nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs. »

Que la lectrice ou le lecteur veuille bien trouver ci-dessous (avec l’aimable autorisation de La Sœur de l’Ange et des éditions du Grand Souffle http://www.legrandsouffle.com/) — extrait d’un article de dix pages intitulé : « Croire aux lendemains qui font chanter » — un démontage maison de Messieurs Littell et Houellebecq, publié en mai 2007 dans le numéro 5 de la revue La Sœur de l’Ange et écrit en novembre 2006, ils choisiront :

[…] Qu’on veuille bien y réfléchir et l’on se rendra compte que la pensée postmoderne avec son pessimisme extrémiste et sans rédemption ne correspond ni plus ni moins qu’au retour du jansénisme, sous la forme plus radicale encore d’un jansénisme athée. Chez leur champion en écriture, le postmoderne Pascal Quignard — influencé par son prénom ? Allez savoir ! — la référence est au reste explicite et revendiquée : relisez-le ! Les chapelles du postmodernisme, c’est ni plus ni moins Port-Royal. Port-Royal des champs (des campus) ayant désormais ses quartiers dans certaines grandes universités chics chapeautées par eux aux États-Unis. […]
La déréalisation, la vision purement virtuelle de toute réalité est telle dans les esprits… on en est arrivé à un tel point… qu’on en vient à occulter la victime par le bourreau, le préférant à la victime — comme nous l’a récemment prouvé l’accueil hystérique réservé à l’ouvrage de M. Littell. Au corps souffrant de la victime, à ce corps eucharistique radical dès qu’il suscite la compassion et qui pose la question de l’altérité, la pose et la repose de manière obsédante et fondamentale, de manière libératrice pour qui ne refuse pas de s’incarner compassionnellement en lui, de faire corps avec lui totalement pour réinventer un monde, « changer la vie » en « réinvent[ant] l’amour » — l’un ne peut exister sans l’autre, — à ce corps supplicié d’où naît encore un chant d’Espoir et d’unité, on préfère visiblement aujourd’hui (mais n’était-ce pas déjà le cas ?) le corps narcissique onaniste et défécateur du bourreau qui conchie l’univers et autrui, les réifie et les dénie. Une grande part du public contemporain (un public que l’on dit être principalement constitué des trentenaires qui avaient déjà fêté et s’étaient déjà projetés dans les héros déjantés, débauchés, déglingués et déliquescents de Houellebecq) semble se reconnaître dans le corps de Maximilien Aue, la marionnette postmoderne [1] fantasmée par M. Jonathan Littell, qui n’a pas même passé le stade de la sexuation, qui végète dans l’immaturité définitive, "amoureux" des images stériles, des propres ectoplasmes de son ego sous la forme de sa sœur (puisqu’elle est de sa propre chair)… sans être capable de déterminer s’il est masculin ou féminin… donc à jamais fermé à une quelconque altérité au point qu’il confond affection de soi-même — la seule à laquelle il puisse accéder — avec défécation. Bref, un large public (jeune ?) se reconnaît dans un héros, qui, au sens propre comme également au figuré, sans altérité possible "s’emmerde"… « En vérité, je vous le dis […] » comme dirait le Grand « Autre » avec Mahomet et Bouddha, et pourquoi pas Marx ou Proudhon, Jaurès, Hugo ou de Gaulle… (la liste n’est pas exhaustive), voilà bien en réalité où nous en sommes aujourd’hui.
Parfaitement dans la logique de la phrase de Pascal Quignard, l’anachorète postmoderne chantre des perversions subtiles : « Celui qui écrit sodomise, celui qui lit est sodomisé [2] », Littell, dans un livre pornographique à tous égards — qui rend parfaitement compte de la culture de la pornographie et de l’exhibitionnisme dans laquelle nous vivons et à quoi semble se résumer aujourd’hui la culture occidentale "autorisée" ayant rejeté toute tradition, toute célébration du récit mythique et sacré, politique aussi, au profit du seul médiatique, — ne proposant à son lecteur qu’un rapport de soumission, impose comme objet de projection de soi à ses lecteurs, ″sadiennement ″, un corps prédateur qui reçoit, qui prend, qui les transforme en excréments, qui, dès qu’il le peut les expulse, n’importe où, en tire une jouissance, en couvre l’univers qui l’entoure et ainsi l’annule. Voilà ce qui fascine et ce qui fait rêver aujourd’hui !… Maximilien Aue n’a pour organe et pour outil de connaissance du monde et d’autrui en vérité que son anus — guère « solaire [3] » ! — ; son narcissisme en fait à vrai dire « le cul du monde [4] » à quoi tout, soit le tout du « Tout », se résume : un trou noir, un néant vers quoi tout converge pour s’annuler. « L’œil » de Dieu, « l’œil » de la Conscience, il se le fourre aussi dans le cul dans la bataille… et les enfants nés du postmodernisme le voient entrer et sortir, rerentrer, ressortir… "fascinés"… — Les pauvres ! — Maximilien Aue, faux nazi, nazi d’opérette, mais vrai "trou du cul [5]", trou du cul allégorique, est à lui seul l’anus de la postmodernité. C’est pourquoi ce livre est… « fondamental », fondamental, oui (qu’on ne m’excuse pas du vilain jeu de mots) ; c’est pourquoi ce « torche-cul » comme dirait Rabelais — car Jonathan Littell dans une diarrhée torrentielle de neuf cents pages (Eh oui ! pour une fois que le postmodernisme tente de s’incarner, ça dégage [6] !…) pour prouver son génie aux critiques à grands gosiers invente au postmodernisme à la fois l’anus qui pourrait le soulager et son « torche-cul [7] », — c’est pourquoi ce livre « torrentiel » ainsi que le caractérise Claude Lanzmann, où le héros, note-t-il, ne parvient « jamais à l’incarnation [8] » véritable, précisément parce qu’il la nie, est un livre canal, un livre cloacal, un livre écluse, qui s’inscrira quoi qu’il advienne dans l’histoire de la pensée : il clôt l’époque du règne de la postmodernité ou au contraire l’ouvre pour « mille ans » encore, on ne sait. En poussant la logique du postmodernisme — ses poncifs, son cynisme nihiliste, satanique et désespéré, sa pornographie, son a-théologie militante — au-delà de tout ce qu’avaient osé Lyotard, Derrida et leurs épigones fanatiques, en un seul « corps » ectoplasme succube et incube à la fois, en un seul livre, l’élève, inconscient ou pervers, a dépassé les maîtres pour s’installer dans un présent à jamais sans avenir, stérile et sans postérité. Et pourtant, c’est incontestablement en se projetant au Lager, plus précisément dans le corps même des Déportés, ce « Memento Mori  » de tous leurs compagnons, de tous les autres morts de la Shoah et de la Déportation — dernier lieu de l’interrogation, de l’inquiétude métaphysique génératrice de "religion" (de lien possible) et donc d’espoir, duquel toute sacralité dynamique peut repartir en Occident — que l’ont peut penser toute l’erreur, toute l’horreur du postmodernisme, qui, arbitrairement, prive de sens le sacrifice des victimes, tout comme elle prive de reconnaissance les rescapés des camps pour le courage qu’ils ont manifesté à vouloir survivre, à patiemment se rebâtir et rebâtir une réalité conviviale, une « espérance ». Pour rebâtir du civique, de l’éthique, bref de l’avenir, du progrès, de la modernité en marche, de la solidarité, de l’idéal… il ne suffira pas de « déconstruire » la pensée postmoderne présentant comme le jansénisme un homme vaincu d’avance, sans héritage et sans avenir, cette pensée postmoderne qui a fait de l’homme un Caïn [9] sans transcendance [10] et sans espoir… Non. Il faut raser Port-Royal [11] !

(Pour compléter votre lecture et approfondir la question, allez lire dans la rubrique « Le Pilori », l’article : « Bienveillantes pour qui ? » http://utopiktulkas.free.fr/polaire/spip.php?article21&var_mode=calcul, et, dans les « Brèves » : « Odeur de tumeur I & II » http://utopiktulkas.free.fr/polaire/spip.php?breve17 & http://utopiktulkas.free.fr/polaire/spip.php?breve20&var_mode=calcul.)

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RAJOUT du 20/X/07 :
Pour ceux qui voudraient avoir les dernières nouvelles du dernier combat naval de la toile, faire le point sur les positions des navires pirates et corsaires tirant sur l’ennemi suite aux dernières frasques de la bande à Sollers, de la galère papale et de son illusoire et risible, et lamentable armada protectrice, il leur sera profitable de consulter les sites suivants :
D’abord, bien sûr, le site du Capitaine corsaire Juan Asensio, alias « Le Stalker » — nos points de vue divergent quelque peu sur certains angles de tir (mes boulets à moi, qui sentent un peu l’eau bénite, sont aussi pointés sur Littell & Houellebecq ; pas « par jalousie », non, je le prie de me croire : par révulsion de tout mon être, par répulsion viscérale), mais nous pointons les canons dans la même direction vers le commanditaire de la chose, vers le démiurge manipulateur et obscène… je pense que c’est cela qui compte — :

http://stalker.hautetfort.com/archive/2007/10/19/de-la-masturbation-consideree-comme-un-des-beaux-arts-franco1.html

Ensuite, le site du pétulant et piquant corsaire d’outre-Atlantique, le québécois Ygor Yanka (il y a du Léautaud chez cet homme) :

http://opusxvii.hautetfort.com/archive/2007/10/14/sous-le-pave-le-plagiat.html

Enfin, pour citer un capitaine corsaire que je ne connais pas et qui a croisé la galère papale sollersienne il y a quelques années déjà, ce papier de Pierre Jourde, irrésistible de drôlerie :
http://66.102.9.104/search?q=cache:O77oC-ZlrK4J:revuetsimtsoum.free.fr/v2/%3Fmenu%3Dauteur%26titre%3Djourdesollers+meyronnis+haenel+sollers&hl=fr&ct=clnk&cd=10&gl=fr
Il me paraît utile d’ajouter que si ce monsieur et moi-même, visiblement partageons les mêmes idées sur Sollers et « l’Infini »… « mis à la portée des caniches », M. Pierre Jourde, par contre, aime Richard Millet romancier, et, en le comparant à Christine Angot ou Virginie Despentes trouve des excuses à Littell ; tous les goûts sont dans la nature, n’est-ce pas ? Mais il y a parfois des rencontres pour ce qui concerne les dégoûts : certains font l’unanimité chez certains esprits rebelles et frondeurs. Pour compléter la lecture, cet autre site : http://64.233.183.104/search?q=cache:9VPF7LyBwnAJ:elizabethflory.blogs.com/weblog/2004/12/salut_les_copai.html+sollers+haenel+meyronnis&hl=fr&ct=clnk&cd=10&gl=fr , très édifiant également.

[Mes attaques contre Sollex ne datent pas d’aujourd’hui, j’ai dû ainsi me griller dans bon nombre de rédactions ou comités de lecture comme « individu dangereux, propre à vexer le Pape ». Voir : http://utopiktulkas.free.fr/polaire/spip.php?article25]

[Si l’on veut mieux comprendre pourquoi je hais le genre de “littérature” véhiculé par Littell-Millet, Sollers-Meyronnis-Haenel… et toute la clique des commerçants affairistes : http://utopiktulkas.free.fr/polaire/spip.php?article59#nh1]


[1. — Car Maximilien Aue pense comme un postmoderne et pas du tout comme un nazi, si on en croit les valeureux continuateurs de Marc Bloch que sont les historiens Peter Schötler, Florent Brayard, et Édouard Husson pour qui l’ouvrage de M. Littell est avant tout « un canular ». Il est vrai que la scatologie dont M. Littell parsème son livre relève de l’humour potache de séminaire… janséniste… Canular aussi le fait d’oser comparer Littell à Tolstoï et Dostoïevski, puisqu’eux n’étaient obsédés que par l’idée de la rédemption, d’une rédemption toujours possible pour l’homme, et par l’humain en somme. Il me faut citer Jean-Toussaint Desanti encore : « [que] l’humanité dans l’homme [soit] perdue […] [ce] serait la chose la plus horrible qui puisse arriver à l’humanité », in La Liberté nous aime encore, entretien avec Roger-Pol Droit, éd. Odile Jacob, Paris, 2001, rééd. coll. « Odile Jacob poches », p. 338, passim. Non, M. Littell, ne vous en déplaise, je ne suis pas le frère a-humain de Max Aue.

[2. — Pascal Quignard, Le Sexe et l’effroi, éd. Gallimard, 1996.

[3. — Voir : George Bataille, Anus Solaire, 1927, & Histoire de l’œil, 1928. Références de M. J. Littell, assez mal digérées de toute évidence, vue la manière dont il "les ressort".

[4. — Expression dont certains usèrent pour désigner Auschwitz, mais qui désigne ici le tout à l’ego.

[5. — Je m’étonne que la communauté homosexuelle n’ait pas violemment réagi au livre de M. Littell, qui, avec un puritanisme très américain, ramène l’homosexualité à « ça ». Cocteau, c’est quand même autre chose !…

[6. — Je suggère à M. Jonathan Littell d’abandonner le titre par trop quignardien des Bienveillantes, pour en adopter un autre qui fustigerait l’humanisme athée mais universel d’un Vercors, le naïf humanisme résistant d’un Vercors auteur du « Silence de la mer » — pour les postmodernes risible — : Le Silence de la merde est un titre qui irait bien à « sa première œuvre ». Là où Lyotard est aporétique, Littell, singeant l’incarnation, déborde…

[7. — Voir : Rabelais, Gargantua, XIII. Grandgousier découvre le génie de son fils par l’invention que ce dernier fait d’un nouveau « torche-cul » : « un oizon » ; pour M. Jonathan Littell, il semblerait que ce soit plutôt « la dentelle » qui donne « volupté mirifique », jouissance béatifique « au boyau culier ».

[8. — Claude Lanzmann, in Le Journal du dimanche & Le Nouvel Observateur, tout premier à réagir.

[9. — Celui de Byron (1821), héritier du Paradise lost de Milton (1667) via Blake, et fondateur du caïnisme romantique, cette démiurgie de l’élan qui était dynamique au moins !

[10. — Celle d’une révolte, « cette révolte qui est simplement le désir de vivre » : pour reprendre la belle expression de Jean-Toussaint Desanti, op.cit., p. 333.

[11. — De nos esprits, de nos modes de fonctionnement, de nos références. Le postmodernisme fait désormais partie d’un passé révolu. Ironie suprême du sort : ses gourous morts, ses lieutenants de plus en plus vieillissants, il est désormais entré dans l’Histoire. (Jean-Louis Cloët, le 24 novembre 2006.)