Accueil > Voix (poèmes) > Trois poèmes de rupture & de l’abandon

Trois poèmes de rupture & de l’abandon

mardi 5 janvier 2010, par Jean-Louis Cloët

Efface les arbres, les oiseaux…
Assèche les sources, les cours d’eau…
Rends les animaux à la glaise
dont ils furent tirés et pétris,
redonne-les à la poussière…

Retire l’horizon ;
ferme-le comme un éventail :
ramène-le à un point unique
de lumière, et éteins-le.

Démonte la mer,
les vagues
et l’horloge du temps ;
range les secondes :
je n’en ai plus besoin
puisque tu ne m’aimes plus,
puisque tu ne m’aimes pas,
ô mon Cœur,
ma Petite Étoile !

Retire l’air

— à quoi sert-il ? —
Retire le vent, la fraîcheur,
et le soleil et la chaleur.

Puisque tu n’y es plus,
puisque je n’y suis plus pour toi,
retire le monde,
emporte-le,
remporte-le avec toi,
et laisse-moi.

Laisse-moi.

Laisse-moi seul
avec ce qui reste.

*



Éteins mes yeux
qui ne te verront plus
vivante et debout près de moi
comme une tour agile
partant à l’assaut du ciel vide.

Ferme mes paupières en partant.

Ferme ma bouche
qui ne pourra plus rien :
ni te dire, ni t’embrasser.
Efface ma bouche d’un revers…

Retire mes mains de tes hanches,
jette-les au loin,
laisse-les aller en partance
puisqu’elles n’ont plus rien
désormais pour s’attacher,
pour s’arrimer à la terre ;
laisse-les dériver avec le reste
vers la mer, le grand large,
pour qu’elles n’y soient plus qu’un point
qui disparaît,
qui s’efface…

Jette tout : la tête et la lyre,
puisque ma tête chante encore…

Je n’ai plus besoin de corps.
Je n’ai plus ni corps ni sexe
puisque tu ne m’aimes plus,
que je ne m’inscris plus
dans l’espace pour toi,
quand tu me croises,
quand je suis en ta présence.

De ce corps, je n’ai plus besoin
puisqu’il ne t’est plus rien,
qu’il n’est plus pour toi
qu’un fantôme
que tu traverses sans le voir
en passant d’une pièce à l’autre.

Libère-moi.
Libère-m’en.

Il me pèse tant !

Il me pèse tant…

Laisse-moi dans ce corridor glacé du Temps
qu’est l’absence
pour au moins y rêver
parfois que je dors,
que je dors encore
avec toi,
pour que je croie que le silence,
ce silence,
c’est encore toi.

*



Retire-moi
ma raison d’être.
Le bonheur, reprends-le.
Ôte-moi ma confiance
en moi,
ma fierté d’être aimé
et rayonnant parmi les hommes.
Reprends la bonté que me donnait ton amour,
cette bonté qui se donnait
au premier venu qui passait.

Reprends ma force.
Reprends l’avenir,
les lendemains qui font chanter,
ces nuits où l’on regarde l’autre rêver
puis s’éveiller au bord de l’aube,
où je te regardais rêver,
somnambule au bord de toi.

Je tombe.

Je tombe.

Le sol, le monde se dérobe sous moi
puisque tu te dérobes à moi.

Reprends tout.
Reprends tout. Reprends-toi. Va-t’en.

Laisse-moi seulement
le courage et la foi
d’y croire,
encore…