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« Tu es poussière »

mardi 14 juillet 2009, par Jean-Louis Cloët



Pour apprendre l’humilité, j’écoute la poussière.

Pour étendre en moi la persévérance comme une terre chaque jour gagnée sur la mer, je m’investis tranquillement de la leçon du sable.

Pour m’appliquer à ressembler à ce qui est fécond, à devenir fécond moi-même, j’aime la terre grasse ou aride où le végétal fleuronne ou s’obstine à pousser chichement, à survivre, plus dense, plus dur et plus noueux, si plus petit, mais plus fort, se pensant, se poussant dans l’éternité même.

Pour tenter d’être bon encore, aimant, je m’abouche et m’abstrais au frémissement frais des sources qui n’affleurent qu’à peine, moussent dans l’herbe, imperceptibles, ne scintillent que lorsque le soleil les débusque, oblique, à la passée du soir ou du matin, quand elles chantent, ténues, muettes ou quasi, avec les oiseaux invisibles qui soliloquent.

Je m’efface un instant toujours au passage du premier vent :

j’entends le grand prêche prophétique qui frissonne comme un ressac d’un flamboiement humide élargissant l’espace, quand s’agitent les frondaisons formidablement hautes dans le ciel, comme aspirées, mais aussi jusqu’au plus humble feuillage au raz de l’herbe…

et je m’exalte d’être,
de ne pas être à la fois…

« car là est tout l’homme. »

[12 / VII / 09]