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Trois poèmes du suspens

dimanche 7 juin 2009, par Jean-Louis Cloët


LÉGÈRE

Possiblement,
les nuages s’étirent
au ciel…
nous ressemblent
comme des chats.

Possiblement,
l’oiseau, qui dort
et vole,
est notre rêve […].

Possiblement,
la pluie, le vent
et ce tourbillon délicat
qui fait battre la vitre
est ton cœur, ouvert
à la nuit…

— Et ta main fine,
passagère,
s’étend vers moi,
vers nous …légère,
pour effeuiller
notre silence.

[6 / VI / 09]

*

SUSPENS

Belle,
dans le suspens,
la vie danse, légère,
tournoie,
descend.

Telle,
dans le suspens,
tu vis, danses, légère,
te noies…
te rends
à l’évidence
de l’instant.

Et, moi, qui te regarde,
te vois si sage,
j’enrage :

— Oh !
de n’être pas aussi sage ;
de vouloir
arrêter
le temps.

[7 / VI / 09]

*

NÉ À NÉE

À l’angle doux
de ton profil
et de ton nez,
je vois le monde.

Né à née,
je suis nez à nez,
au bord de ton nez
retroussé,
au long d’un ciel
dont je ne sonde
ni la profondeur,
ni la lente immobilité
qui remue de bleu
comme un ventre…

— mais, depuis que tu es,
là,
près de moi,
pour m’offrir ton profil
comme un frais reposoir
de soie
à la vague teinte olivâtre,
je sais bien que la terre est ronde
et qu’il n’est que toi seule au monde
pour l’enfanter,
pour la tirer de ton côté.

Je suis grâce à toi
désormais
face au mystère,
nez à nez,
d’être né de toi
né à née
pour n’être plus,
pour être toi,
et pour me fondre
au vaste monde,
qui, entier, se résume
en toi.

[7 / VI / 09]