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Deux poèmes pour « dire »

vendredi 8 mai 2009, par Jean-Louis Cloët



LES MOTS SILENCE

Les mots se lient par le silence et se lisent par le silence.

Muets toujours, muets d’abord,
ils naissent de l’écho seul, l’espace…

ils naissent de l’écho de l’espace creusé par la souffrance en chacun ;
ainsi, seuls les cœurs excavés savent parler, peuvent s’entendre.

Toujours,
la parole est silence que l’écho seul traduit, sans fin, quand deux êtres se font écho, écho enfin.

— Il n’est pas d’autre parole.

Toute entente et tout accord est donc le produit d’un oracle, de corps à cœur, de cœur à corps, de cœur blessé à cœur blessé, de cœur béant à cœur béant, de cœur muet à cœur muet.

Tous les mots sont silence…
et sang,
sang versé, sang caillé d’abord.

Les mots sont sang caillé, sang caillé qui retrouvant sens, sang, se remettent à couler… pour vivifier l’espace,
relier,
réinventer la vie et l’amour

au cœur de la mort.

[8 / V / 2009]

*

ÉCRIRE

N’user que des mots qui ne s’usent jamais, que des mots que l’on prête à d’autres.

Ne parler jamais pour soi :
faire écho…
faire écho…
aux silences qui se font écho.

Écrire,
c’est prêter sa voix à ceux qui n’ont plus
ou n’ont jamais eu la parole.

— Rien d’autre.

[8 / V / 2009]