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Marcher

dimanche 3 mai 2009, par Jean-Louis Cloët



Marcher.
Ne se laisser alourdir par rien qui pèse, non, jamais.
Rester léger. Demeurer dans le vent qui passe, jamais ailleurs.
N’habiter qu’à l’enseigne et des vents et des brises… :
être « libre », « léger » : « passer ».

— Marcher !

N’avoir pour seul bagage que l’espace qu’on veut franchir pour se rejoindre et se donner. Et se donner à « l’avenir », confiant et sans mégoter.
Être riche des sourires cueillis et des mains qui se sont tendues, de tout l’amour thésaurisé qu’on a reçu, qu’on a gagné "à l’estime" à force de tenter d’être, à force de non-être aussi, d’oubli de soi spontané.

Ne regretter ni les insultes, ni les coups, ni les avanies dont on a voulu vous charger, parce qu’ils sont débardés toujours en passant au bord des décharges du temps, parce que l’amour n’a pas de temps à perdre, seulement du temps à donner à ceux qui en valent la peine, parce qu’on n’a qu’une vie et qu’il n’est rien de plus triste au monde qu’une seconde gâchée avec la haine ou le mépris.

— Marcher… Marcher toujours. Marcher !

Partir. Tourner les talons, frapper les semelles de ses souliers pour en décoller la poussière partout où l’on vous a mal accueilli, partout où l’on vous a traité moins qu’un chien. Partir, parce qu’on sait qu’on est un homme et qu’on marche vers l’avenir.

Ne tenir compte ni de la pluie, ni des orages. Les remercier parce qu’il vous lavent de ce qui pourrait vous salir. Quitter les lieux déserts sans vie, les cimetières sans saisons qui les font fleurir, les caves où ce qui vit pourrit, les déserts de malheur où même ce qui est meilleur devient pire ; fuir le contact de la mort et les aurores de l’horreur pour mieux les rêver boréales balayées de rose et de bleu.

Marcher.

Rester fidèle aux morts, aux « chers » plus chers qui nous font vivre, à la chair de notre chair qui vit encore de notre chair, est au monde encore avec nous.
Souffrir de leur absence en sentant leur présence encore. Mais marcher. Oui, marcher encore !…

Marcher, parce qu’ils marchent devant eux aussi à notre rencontre, « pour que tout soit accompli », pour que tout ait été vécu sinon à la hauteur mais du moins sous le sceau du rêve de bonté et de bonheur, d’amour et de fraternité.

Marcher,
parce qu’on est jamais seul, jamais !

Marcher, parce qu’ils marchent vers nous, non du passé mais bel et bien de l’avenir, bien vivants en chair et en os, afin de retrouver leur cœur.

Marcher, parce qu’ils nous rabattent sans cesse des gens vers nous, des âmes « de bonne volonté » : des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards… des Anges et des démons-Anges qui gagnent leur rédemption.

— Marcher. Marcher. Marcher. Marcher…
Aller de l’avant, et marcher encore !
… Marcher toujours.

Aller encore « à la rencontre »…

— En face, toujours : un peuple avance […]

[3 / V / 09]


POSTFACE :

Jusqu’où pourrai-je aller dans la simplicité poétique pour être compris par toutes et par tous ? Je ne sais pas, mais pour le moment, je me risque : j’avance.