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Soft-Story ou « Freizeit macht frei »…

jeudi 30 août 2007, par Jean-Louis Cloët

Une "bien bonne" remontée de la cave spécialement pour vous… À consommer sans modération !


SOFT STORY :
« FREIZEIT MACHT FREI… LE LOISIR REND LIBRE… »
ou
du "vrai visage" du néocapitalisme sauvage ressuscité.




UNE BONNE AFFAIRE QUI DOIT JUTER :

Toute la vieille « Cité », tout « L’Agora » — ou plutôt ce qu’il en reste — en parle, en jacte : « Soft Story » présenté par le V.R.P. médiatique Benjamin Keskadi, chargé de mission financière, courageusement envoyé en première ligne par des chefs subliminaux (à défaut d’être sublimes) pour conquérir l’audimat et les parts de marché publicitaire qui en découlent, fait recette. Depuis quinze jours déjà, les radios et les autres chaînes, toujours à l’affût de sujets pour masquer le silence qui pourrait d’aventure amener une part du public à penser, l’annoncent sous la forme d’un slogan propagandiste : avis de tempête dans le verre d’eau qu’est le landernau médiatique : « La génération Soft Story est arrivée ». Non, ce n’est pas une blague : ils ont bien "osé" la formule. Tant pis pour le téléspectateur qui finirait par trouver que le verre d’eau à la longue devient de plus en plus « la mer à boire » et qui découvrirait du même coup foireux à quel point elle est « polluée » ; nous ne nous étendrons pas non plus, ici, sur la polysémie interlope du mot « polluée » qui, au sens littéral du terme, veut dire aussi à qui voudrait ou surtout ne veut pas l’entendre : « allez vous faire foutre » and « Do it yourself » ; nous ne nous y étendrons pas parce qu’avec les mœurs actuelles, « la chose » apparaît trop risquée.
la « Chaîne que vous savez », c’est la chaîne du divertissement , celle des loisirs, qui vous enchaîne. Le loisir rend libre ! « Enchaînez-vous !… Renchaînez-vous ! [qu’ils disaient]… Vous verrez du pénis ! »,… mais, attention !, aux « heures d’écoute » prévues à cet effet par le C.S.A.. Ah ! « ça » ! Là, Justice oblige !… De la pudeur, s’il vous plaît, surtout dans le « n’importe quoi » ! car chacun sait, le sait : Eh ! oui ! voilà ! à défaut de servir de modèle, on sert d’exemple ; c’est la vieille règle. La « Chaîne que vous savez » connaît. Tout le monde n’est pas La Cinquième ou Arte. En Europe, en France, au reste, pas de demi-mesure de fait ; c’est la télé pour intellos ou la chaîne à sitcoms : « Nénette et ses lolos » ; et, dans le domaine, la surenchère, l’hyperbole, seront toujours les bienvenues. Dans la Babylone actuelle, telle est la loi : métro-boulot-télé-bouffe-glouglou-lolos-médias-dodo… — « Maman ! Bobo !… »
La « Chaîne que vous savez », la « Chaîne que vous savez » avec un bon sens paysan qui veut qu’un scénario, même de merde, pour un public qu’elle considère dans les faits très intrinsèquement vraiment — tout porte à le penser du moins — comme de la merde, coûte de l’argent… la « Chaîne que vous savez » qui est la petite chaîne qui compte… qui compte… sait effectivement (et supérieurement) dans le paysage audiovisuel vache-follisé, dioxynisé, o.g.m-isé, que « le brun, c’est de l’argent ». En somme (en sommes, oui), elle a décidé de faire des économies, quoique restant fidèle à cette couleur éprouvée du brun, pour son émission-phare, sinon pour le canal même de sa chaîne comme on le verra. On fait ainsi l’économie de l’argent de la merde du scénario, mais la couleur brune, elle, reste. Elle reste pour tapisser le décor, en guise de fond, pour une expression sans forme. Faut-il y voir l’influence indirecte, l’émulation, l’exemple de Berlussolini et de ses amis des Ligues du Nord ? Peut-être. C’est à déterminer. Après tout le brun, quand on vous l’impose, à la « tévé » ou ailleurs, c’est toujours bel et bien la forme éprouvée du fascisme, qui tôt ou tard tourne au noir… même et surtout quand la « tévé », au départ plutôt « névé », devient ostensiblement le « té-vu » dans le normalisé, la création dans la pensée unique !…

UNE QUESTION DE PRINCIPE :

Pour garder la couleur brune en faisant l’économie du brun scénarique, l’idée était simple — élémentaire mon cher Gœbbels ! — : elle est fondée sur le critère cardinal de notre Société Ultra-Libérale Avancée, depuis 1989 retriomphante paraît-il, (dans la façon de manager les gens, sorte de récupération magistrale du P.I.B doctrinal nazi après faillite) et, qui, de plus en plus, s’avance. On verra bientôt mondialement vers quoi, puisque la « Chaîne que vous savez » n’assure que le brouillon de fait, ne sert que de répétition, de spot. Il est assez facile avec elle de le deviner "ce vers quoi" on court, au reste, de la deviner la destination « finale », la « solution » annoncée : elle n’est rien de moins ni rien de plus non plus que la « sélection » universelle selon les ordres de « Bigs Brothers » qu’on ne verra jamais, planqués qu’ils sont dans les niches à chien des bureaux des transnationales dont ils touchent les dividendes. Pour afficher, ce grand retour du Kapital national, socialiste et mondialisant, sous forme de spots matraques « soft », on sélectionne donc : onze apôtres et apôtresses, pauvres et pauvresses renouvelables, trouvés dans les périphéries banlieusardes des A.N.P.E. (le rôle de Judas étant réservé au producteur de cette émission hautement cultuelle), puis, on les concentre en un lieu, afin que, régulièrement, ces victimes volontaires désignent, après sélection eux-z’aussi (c’est là l’essence du fascisme : la victime fait le travail elle-même), un Christ renouvelable et un Barabbas renouvelable pour permettre au public de la France profonde, de la République des enfants de Pétain, d’exercer son goût de la mise à mort, de l’entretenir « au cas où… », sur vote démocratique, bien sûr. Dans un souci rationnel, rationnel et libéral (oui, libéral très "avancé" !), du « Respect de la Personne Humaine » et des « Droits de l’Homme », on aura respecté, ici, très évidemment, la liberté du client, — « le client est roi », c’est la loi, « le client d’abord ! » — ; on le campe donc dans son rôle traditionnel de roi, ou disons : du Roi et de l’Inquisition à la fois ; car, enfin, pouvoir être après le turbin, le turbin souvent d’intérim ou de C.D.D, ou, même, le chômage entretenu pour intérêts supérieurs du MEDEF… pouvoir être le spectateur Imperator de « droit divin » comme à l’époque des jeux du cirque : c’est cela la démocratie !… Chacun se doit d’avoir sa minute de pouvoir, n’est-ce pas ? C’est à la fois "national", national, et, au sens large, très "socialiste" ; l’on peut en conclure, ébaubi : ainsi relevant de la Démocratie, mais quand le Demos crache et chie, même si, soit, ici, il le fait en douce. Bon, bon. Déjà, l’gode y mate. Tout l’objectif de l’émission, on l’aura pigé, c’est la mise à mort ; l’idée, s’il y en a une, est là. Sinon, pour faire patienter entre chaque mise à mort, c’est le principe de « la boîte de Skinner », un principe éprouvé. À ceux qui n’auraient pas suivi les progrès foudroyants de la science expérimentale depuis les soixante dernière années, dans certains laboratoires secrets de jadis et de naguère, qui restent à réactiver dans l’interactif, je prends le soin démocratique de le rappeler succinctement :

La boîte de Skinner ne doit offrir à son hôte que des stimulations soigneusement standardisées. On introduit dans cette boîte un rat affamé et on le laisse à lui-même ; l’animal erre dans cette cage, il fouille, il furète partout, se dresse le long des parois ; dans le cours de cette activité désordonnée, il va lui arriver, par hasard, de presser sur un levier ; un déclic automatique est alors déclenché et une boulette de nourriture tombe dans le réceptacle prévu à cet effet ; l’animal la mange ; puis il reprend son activité spontanée ; au bout d’un temps plus ou moins long, il sera conduit fortuitement à appuyer de nouveau sur le levier ; puis il reprendra sa promenade,… etc.

Comme on le voit, comme on l’a compris, pour se mettre au niveau de ses téléspectateurs, la « Chaîne que vous savez » — Boîte de Skinner des temps modernes, bref, de l’ère d’inter-nénettes — a choisi de corser l’expérience en introduisant dans la boîte onze candidats des deux sexes, dont elle espère que leur ingéniosité naturelle délivrera autant de boulettes possibles pour la plus grande joie des tévé-voyeurs : d’autant… d’autant que certaines d’entre elles s’avéreront, et, dans un délai assez bref, pernicieusement empoisonnées ; et voilà assurée déjà les parts de marché, de gode y mate, la plus grande jouissance du public « softement », softement sadique, devant la bande de masos qui se sont faits « castinguer », « bastringuer », boucler [Eh ! Marthe Richard : tu peux revenir, ma poule, tu sais, tout est à refaire]. Voilà le principe. Tel qu’on le voit : c’est rationnel, efficace, productif, attractif, sans mise de fond… financière, entendons-nous bien, car en matière de fondements, c’est le fion qui manque le moins ; oui da, sans mise de fond, disais-je, ou, presque, puisque les agents de la gente humano-ratière du laboratoire qui, à l’heure des 35 heures travaillent eux 24 h sur 24, ne sont payés que 17 francs de l’heure, 17, oui, soumis à l’impôt pour accomplir la totalité de leurs activités quotidiennes à la vue et au sus de tous, et, qu’ils ont tous passé contrat pour se reproduire en public, ou pour laisser supposer qu’ils vont le faire pour ceux qui ne veulent pas ; on a d’emblée compris aussi que ceux-là constituent, c’est très vraisemblable, l’élite, dans les priorités de ceux qui se verront éliminés par les co-détenus et les juges voyeurs frustrés ; ce n’est alors qu’une question d’heures. C’est bêtement Kapitaliste, bêtement mais efficace. Pas besoin de sortir son revolver : le mot « Kultur », non, ne sera jamais prononcé ; ce sont les plus gros logos qui prennent le mieux. Comme on le voit, la « Chaîne que vous savez » innove mais ne trahit pas la couleur inspiratrice brune ou noire, qui, semble-t-il, l’a guidée, sur un vieux fond de « valse brune » des candidats, tous « chevaliers de la lune » ; Oh ! pas celle du Pierrot de Laforgue, de Prévert et de Debureau, non pas, mais celle sur laquelle on s’assied, plus simplement, plus « démocratiquement » annonce-t-on ; au résultat, voici une émission qui se répand comme la peste, en somme, laquelle revient par les rats de laboratoires de « la boîte de Skinner » repensée par la « Chaîne que vous savez ».

UNE UTILISATION RATIONNELLE, CYNIQUE ET SYSTÉMATIQUE, DES INDIVIDUS :

Robert Anthelme, Résistant, Déporté de la seconde guerre mondiale, auteur d’un récit fondateur de notre modernité : L’Espèce humaine, n’avait pas manqué d’annoncer, dès 1947, dès le sortir de l’horreur concentrationnaire, qu’« il n’y a pas de différence de nature entre le régime "normal" de l’exploitation de l’homme et celui des camps. » Dans l’utilisation rationnelle, cynique et systématique des individus pour augmenter les parts de marché publicitaire que représentent les taux d’écoute, bref, pour faire de l’argent aux dépens de personnes humaines, il se pourrait bien qu’il n’y ait de fait aucune différence de nature dans la logique de la « Chaîne que vous savez » avec la logique d’un Heydrich ou d’un Himmler. En tous les cas, puisque ces messieurs se présentent comme étant des hommes de médias et s’affirment respectueux non seulement de leurs téléspectateurs mais aussi des hommes et des femmes mis en scène dans leurs émissions, on leur pose la question. Elle est de bonne guerre, non ?
Certes, on m’objectera que l’on en est pas encore à faire du savon avec les graisses naturelles ou les implants mammaires des déportées volontaires de « Soft Story », ni un textile d’ersatz avec leurs cheveux pour tailler des capotes aux combattants envoyés sur le front de L’Est du Kapitalisme retriomphant, mais on fait quand même des milliards avec juste leur simple plastique et leurs états d’âme supposés, en les laissant prendre en public leurs ovaires pour des lanternes avec lesquelles le pauvre Diogène serait bien en peine de trouver « un homme », méditant dubitativement qu’il est sur les problèmes glandulaires des autres participants.

LA CRUCIALE MAIS TRÈS CONTOURNABLE QUESTION DES LATRINES :

C’est indubitable, c’est aux latrines qu’on reconnaît la qualité d’un camp, et, à la façon qu’ont les maîtres de les gérer qu’on voit son efficacité : c’est comme pour les restaurants ; la « chose », topologiquement, se doit d’être visitée en premier. L’ancestral, le primitif et fondateur « Caca boudin » est toujours là, « comme on voit », avec ses rémanences, dans ses nouvelles variations : « postmodernes » et « post-historiques »… [— « Quoi, Keskadi ?… »], à ce qu’on dit. On sait, d’ailleurs, qu’ainsi que le proclamait génialo-pathétiquement l’un de nos derniers prophètes hallucinés, L’Antonin… Antonin Artaud : « Partout où ça sent la merde, ça sent l’être », mais, il semble que l’expression de ce qui nous ramènerait dans cette émission ghetto à cette vraie dimension de l’être, provoque nonobstant chez les participants et les producteurs une réticence de nature : « Qu’y c’est qu’y a pété ?… » a demandé lors de la première émission l’un des sélectionnés, vraisemblablement un kapo de la direction, chargé de veiller à la bonne tenue du carré en cas d’inspection. Le sexe : oui ! Le pet : non !… Eh oui ! Le Pétomane Pujol et le pétomane Gigot qui, tels des rossignols, à l’instar d’un Maurice Barrès tout aussi tonitruant qu’eux mais nettement moins concurrentiel alors, annonçaient, à la fin du XIXe siècle et au tout début du XXe, propétaient, oui, d’un même souffle épique sur l’air de Nabuco ou de « La Chevauchée des Walkyries », prophétisaient sans le savoir la venue du grand massacre… oui, les très fameux « pétomanes » qui enchantèrent la plupart des vieilles Cours d’Europe éculées et essoufflées arrivées au bord du vide juste avant qu’elles ne basculent dans le chaos du premier conflit mondial, incontinentes, incontinent, ne seraient pas sélectionnés ; leur seul rappel de cette réalité : « sur le plus haut des trônes, on n’est jamais assis que sur son cul ! », même sur le mode mélodique, serait considéré aujourd’hui comme trop brutal. —« Eh !… Keskadi ?… dis, qu’est-ce qu’a di ?… — Le sexe : oui ! Le pet : non !… » Le pet, vois-tu mon n’veu, a trop de sous-entendus : du genre : « moi, le cul, je m’assieds dessus. » Le pet est objet de censure. C’est cela la modernité. Car si la baise est médiatique — la baise ou son autre forme, sa forme de substitution pour frustrés ou coincés : le crêpage de chignon, — le pet ne l’est pas : il a encore du mal à passer à l’antenne, à être interrompu par, par exemple, une pause de publicité assurée par les services de starlettes sur lesquelles on est supposé rêver, et, qui, à vingt ans, ayant commencé à poil dans la pub pour parfums (j’adore !…), à vingt-cinq, font, épilées, dans la pâte alimentaire, à trente, déjà en préretraite, s’accrochent encore en faisant dans la friteuse électronique à e.mail incorporé, et, à trente-cinq finiront sans doute, seront vouées, vieilles chattes, elles le savent — c’est là leur destin — à la pub pour Cacanigou, ou Rouroû… pour pâtés pour chats. Dommage !… : si l’émission se trouvait sponsorisée par un grand groupe pharmaceutique proche du pouvoir et voulant lancer quelque nouveau laxatif aux effets foudroyants, dont nous pourrions tester les effets par les biais indéfectibles de quelques caméras insubmersibles, installées dans les cuvettes des water-closets — « L’Œil était dans la trombe et regardait Caïn […] », Monsieur le Président !… [— « À moi, Sire Arnaud de Monte-moi !… »], — elle en deviendrait presque : « morale », bien sûr, de façon symbolique. Le côté brun de l’ensemble se trouvant allégorisé, nous retrouverions de la pensée, de la pensée, enfin ! dans toute sa portée !… de la catharsis sur le mode du : « je chie, donc je pense », prolégomènes, prolégomènes en fait, enfin, à un nouvel axiome classable, installable en somme dans une continuité, dans L’Histoire de la pensée : ce « je pense, donc je chie » viendrait en effet naturellement après le « je pense, donc je suis » de Descartes, puis, le « je sens, donc je suis » de Rousseau, et le « je souffre, donc je suis » des romantiques, dont la vicomtesse de Noailles avait fait sa devise, préfigurant par là celle de Louise de Wilmorin, qui convient bien aux temps qui courent : « Au secours ! ». À terme, pour le téléspectateur, il y aurait quand même la conscience d’un « état », d’un « étant », voire d’un « être » sur le mode d’un : « Ils se font chier dans la télé ; je me fais chier devant la télé ; donc, nous sommes. C.Q.F.D.!… » Au reste, n’est-il pas légitime de se plaindre ? Ne sommes-nous pas très abusivement, très scandaleusement trompés par le logo mensonger choisi par les responsables de l’émission : un œil, un œil écarquillé ? Chacun l’a reconnu pourtant… Oui, c’est bien lui et pas un autre, tout droit issu du XIXe, des débuts du Kapitalisme : il s’agit bien de l’œil interrogateur et voyeur, qui, en quelque sorte, montrait du doigt — si l’on peut dire — et tapissait l’intimité du pot de chambre de nos grands-mères ! Il est vrai qu’en l’utilisant, souvent aux même heures, pour un même usage quasiment, après usage on le cachait jusqu’au lendemain dans la boîte pudique d’une table de nuit ; mais tout change, et c’est le progrès paraît-il : maintenant la boîte est électronique et on ne la cache plus, on l’exhibe même, souvent au milieu du salon, en dessous des photos de famille… Abrégeons cependant, par souci de décence, et, malgré l’intérêt très philosophique du propos et de notre objet, lequel nous amènerait sans nul doute immanquablement à évoquer bientôt la secte cyrénaïque d’Aristippe le très péteur, le trompetteur, puis nous mènerait aux divagations de cette secte hédonistique dont il est le fondateur. Je ne m’appesantirai donc pas, non, et c’est sans doute regrettable, sur le jeu de mise en abyme proprement abyssal, abyssal et confondant, qui fait depuis « Soft Story » du logement du spectateur, de l’inspéteur tévé-voyeur, plus que jamais, un pot de chambre dont son œil est l’ornement. Il demeure qu’il apparaît bien que la postmodernité est à la recherche de nouveaux fondements et que la tévé, maintenant la tévé-tévu, qui, chez nombre de tévé-voyeurs, a remplacé tout autre accès à la culture, pour lesquels elle fait office en réalité de toute culture, cherche fermement à placer les siens par son biais.

UNE ÉMISSION PROPHÉTIQUE DU « RETOUR DE L’HISTOIRE » ? :

Question flegmatique et quelque peu désabusée pour l’heure : parmi les signes avant-coureurs, « Soft Story » indique-t-il ou non ce qu’on nomme en philosophie « le retour de L’Histoire » ? L’histoire le dira, c’est sûr ; c’est au reste inscrit au programme, rediffusable dans un an, sur TF1, c’est vraisemblable. Quoiqu’il en soit, cette émission est historique déjà, puisqu’elle prétend « rendre à la masse ce qu’elle [lui] apporte confusément » comme disait le « Grand Timonier », Mao Tse Toung, vous savez bien… Enfin, oui, « Mao », Mao, quoi ! Il n’y en a pas d’autre. Le non regretté « Mao », non regretté, semble-t-il, par ces directeurs de chaîne et de rédaction, ex-soixanthuitards pour la plupart, bien reconvertis dans le business, et, mieux, convertis depuis peu aux doctrines mondialisantes…

LITANIE CONSTERNÉE ET DÉPLORATION « FINALES » :

À l’heure où les polis-ptits-chiens en mal de publicité, nous invitent au « qu’on-s’en-suce », ne voyant pas que les Français préféreraient plutôt « qu’on s’en tape » ;
à l’heure où du fond des banlieues-ghettos, les « Jeunesses Télévisuelles Chômeuses » — Jeunesses pour lesquelles les polis-ptits-chiens décidément n’ont rien prévu d’autre comme « poste » que celui d’une télévision taxée — érigent des regards unanimes, en alternance, vers les stades et vers ce camp des volontaires qu’est « Soft Story », via leur « boîte de Skinner » de tévé-voyeurs-interactifs, et, par conséquent, reconnus à leur juste valeur, tu parles ! (— « Keskadi ?… — Rien, on te cause, mon coco… C’est pas grave, t’as pu l’habitude… » ;
à l’heure donc où les émissions culturelles elles-mêmes tournent de plus en plus à l’émission cul-vérité ;
à l’heure où Catherine Billet, par exemple, publie au Seuil (on se demande au seuil de quoi) : Mon cul [Résumé exhaustif et surdétaillé de l’ouvrage : les anciennes de la ménopause donnent des nouvelles du front], et, où Sollex (mais, enfin, si !… Philippe ! Le Grand Philippe !… Philippe Sollex !… vous savez bien !… Le Plus Grand Écrivain, la plus grosse cylindrée intellectuelle que la terre ait jamais portée depuis Dante [1] !!! Philippe Sollex, enfin !… : Anatole France qui se prendrait pour Pierre Louys et Marcel Proust en même temps ; Gustave Lanson qui se prendrait pour George Bataille ou Roger Caillois ; Sully Prudhomme qui se prendrait pour Artaud, Artaud et Arthur… (oui, Arthur Rimbaud. Non, pas l’autre !…) ; oui, oui, oui… l’exilé de Challimart ; le « mal-aimé » persécuté ; le byzuthé cafteur perpétuel de la rue Sébastien Potins, c’est bien « ça » ; le Saint-Sébastien du stylo Mont-Blanc ; le Maurice Barrèsille de la libération sexuelle ; bref, le pape du néo conformisme ultra, qui vous mène au « post » ; Ponce Pilate qui se prendrait pour le Christ en somme ; Jacques Ségala qui se prendrait pour Guy Debord ; un des « mecs », tu sais mec, oui, oui, des grands « macs » des « Lettres françaises » : de ceux qui verrouillent tout ce qu’ils peuvent et tant qu’ils le peuvent pour rester en place, eux, eux et leurs potes ; lui, le Philippe, et ses potes lâches…), à l’heure donc où Sollex, redonc, introducteur de la Billet… où Sollex, dis-je donc (digue, digue-dondaine, non au gué cette fois, mais cette fois, sept fois à la raie, à la raie du train. Ah ! la ! la ! c’qu’il est politique ce gros poupon-là : « Ah !… Ma Catina !… Vive la raie publique ! »), à l’heure où Sollex donc — pêt ! r’pêt !… — ayant toujours peur d’être en retard d’une mode, fidèle à son habitude, arrive, auréolé dans la fumée, pétaradant, pédale et la salue dans les milieux très introduits comme la plus grande mystique des temps modernes, comme la Grande Investie de toute part, la Sainte Àbaise des Batignoles de la bagatelle ou des possédées du Rungis du sexe ;
bref, à l’heure où les Virginies mal baisées en mal de Paul et d’île encore colonisable, même juste qu’un peu, surfent sur les pentes dégoulinantes du j’m’en-foutrisme juteux pour envoyer en l’air les indices des ventes chez leurs éditeurs ;
à l’heure, enfin, où il suffit de dire, christique, dans l’angoisse mais tout de go, qu’on s’est fait enculer, entuber, entuller à neuf ans trois-quarts par son père, son grand-père, son tuteur, ou fait enfiler par les trois, les trois d’affilé… mais qu’on trempe chaque jour — au moins en pensée — sans craindre la mixto-mateuse, trentre trois pénis et demi, bénis mais par l’archi-vêché, de curés pédophiles, oui, au petit déjeuner, dans son café au lait, son thé, en guise de pénitence… et tout « ça », tout « ça », rien que pour intéresser un éditeur « de "merdre" grasse » qui, trouvant les histoires de fentes, décidément très « tire-lire », y verra l’invention — enfin ! — d’une nouvelle littérature offerte, ouverte, béante par tous les trous, aux masses populistes besogneuses des cons et des glands, des cons sommateurs d’indices, et, sommés de consommer sans relâche,…
…Il restait à inventer le camp de concentration et d’extermination publicitaire, médiatique. Qu’on se rassure : un grand pas est accompli dans la sous-humanité. C’est fait.
Comme on ne peut pas prévoir, ici, à l’antenne, un « Vivat » d’honneur, alors , à mon commandement, Kamarades tévé-voyeurs, pour la « Chaîne que vous savez », pour « Soft Story », pour ses concepteurs, son présentateur Keskadi et son producteur L’Arthur :

— « Zieg !

— Heil !… »

[ — « Ach ! La T.V.,… Gross Mälheur !… »]

Signé :
Pierre-Louis-Caron-Pujol-Augustin de la Boutinette de la Vuylliardière-Drancy-Pithivier-Vaune la Rolande-Poujade,
alias :
votre dévoué, Jean Pétoncle — de la « Génération Rintintin » ou de la « Génération Ivanhoë et Thierry La Fronde », pour mieux situer —, ce dimanche 13 mai 2001, jour de la Sainte Jeanne d’Arc. [ — « Eh oui !… Et pourtant, à chaque jour suffit son Le Pen, mon Arthur !… — Keskadi ?… Rien. On cause… T’enfume… »]


Codicille :

Le 13 mai 2001, à 13 heures 20, à l’issue de l’émission de La Cinquième « Arrêt sur image », pensant naïvement — cela m’arrive encore d’y croire — que nous étions en démocratie et que les médias se devaient d’être de plus en plus interactifs pour mieux la sauvegarder alors qu’elle est en grand péril, scandalisé par l’attitude du représentant de M.6, j’envoyais à la chaîne par Minitel un message ainsi rédigé :

Dîtes à ce monsieur qu’il n’est qu’un nazi. Dans l’utilisation rationnelle et cynique des individus pour faire de l’argent sans aucun respect de la personne humaine, il n’y a aucune différence avec la logique d’un Heydrich ou d’un Himmler. Il restait à inventer le camp de concentration et d’extermination publicitaire, un grand pas est accompli dans la sous-humanité : c’est fait./Jean-Louis Cloët, de Lille.

Le présent article, citoyennement écrit le même jour, [La pensée est une idée neuve en Europe, Saint-Just !] un site internet du Nord très visité, après de longues délibérations qui ont duré plusieurs semaines, a refusé, après consultation de son avocat, de le publier par peur de représailles juridiques ; entre temps, en effet, l’idée de camp de concentration virtuel ayant fait son chemin et ayant donné lieu à des publications dans Le Monde par des gens mieux placés que moi, le producteur de l’émission « Loft Story », le dénommé Arthur, pouvant compter sur ses très considérables fonds propres, ceux de TF1 et de M.6 en sus, a fait appel à des avocats très spécialisés dans ce genre d’affaire de sauvegarde des lobbies et des influences, et a attaqué en diffamation les pourtant modestes et scrupuleux intellectuels ou humoristes qui ont osé la nonobstant très évidente analogie avec les camps : le prêt-à-penser menant toujours à terme dans le prêt-à-déporter, L’Histoire l’a suffisamment prouvé. Le dénommé Arthur qui nous accable depuis tant d’années de ses émissions à chier sur TF1, de son rire et de ses propos dentifrices ultra médiatiques sans que nous puissions avoir un quelconque droit de réponse, un quelconque retour de brosse, montant sur son audimat, s’est revendiqué, outragé, de ses origines juives pour arguer de sa bonne foi. Vraiment, pour la première fois, Monsieur Arthur m’apprend quelque chose : je ne savais pas, d’une part, que le martyre et le droit au respect dû aux victimes de L’Holocauste était transmissible ; d’autre part, si Arthur, changé en Rabbin intégriste, incarne soudain des valeurs juives de droit divin — les autres, je les respecte : ô combien ! —, ben moi, je suis Palestinien.
Moralité, s’il en est encore une dans cette affaire : « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur, et il n’est que des petits hommes qui redoutent les petits écrits. » [— « C’est quoi, cette phrase ? — C’est de la littérature, mon Arthur. Si j’en crois ton pote Beidbeger ou Beigbeder, il paraît que c’est passé de mode… »]


[1.— Voir : Quête et quéquettes : le cas Sollex, ou, Des fantasmes adolescents. (à paraître prochainement…). Le sexe en groupe : un gros phantasme sollexien : Ouh ! la !… Ouh ! la !… (C’est dommage, il paraît que l’andropause littéraire n’existe pas.)