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« Vivre encore »

samedi 2 mai 2009, par Jean-Louis Cloët



« Tout lasse, passe, casse… » dit-on.
On veut toujours nommer « sagesse » rancœur et désillusion.

Quand on a raté quelque chose, qu’on a été floué, berné… on veut toujours dire la chose après sans poids, de peu de prix, sans nul intérêt a posteriori.

Les reniant, on se renie ; on est un lâche.
On crie quand on devrait « prier ».
Et l’on crache sur le passé, comme si cela devait laver les rêves, on se crache soi à la face comme pour se débarbouiller de son fard et d’un maquillage… : on devient un clown à pleurer qui transforme les auréoles des étoiles qu’il a rêvées en cernes gras, en cernes gris — marques de mort, — alors même qu’il faut « vivre encore ».

— Pourquoi donc renier ses rêves, si on les a dûment rêvés ?

Même berné, floué, trompé : n’en ont-ils pas moins existé : plus réels que le réel même, beau comme de l’irréel à naître ?

Promettre, c’est déjà donner, quand on a le courage de réaliser ses promesses, que cela rate ou non.
Rater ne fait rien à l’affaire : la réussite, c’est tenter, tenter, déjà : faire, risquer. — Que cela réussisse ou non : qu’importe !… Est-ce là notre affaire ?

Se mettre à l’eau, et naviguer.
Naviguer sous le vent ou le remonter en tirant ses bords… :
ce sont là les plaisirs de l’homme.
Ses plaisirs.
Il n’en est point d’autres.

— MARCHER !

« Tout lasse, passe, casse… » dit-on
On veut toujours nommer « sagesse » rancœur et désillusion.

Il n’est pas de soleil sans ombre, ni jamais d’ombre sans soleil.
Toute douleur n’est qu’un sommeil qui cauchemarde, et hésite au bord de l’éveil, par peur…

Pour éviter les dérives, il faut croire à « l’autre rive », savoir qu’il est toujours un port quand « le port d’attache » est perdu et qu’à tout jamais il est "mort", hors de portée, fermé, bouclé.

"Le Sort" n’existe pas, "le Destin" pas davantage. Il n’est jamais que le courage et la ferveur, l’espoir, l’amour et les mains camarades qui se tendent, se sont tendues, que l’on voit ressurgir du Temps, du passé, vives, pour nous faire signe :

— Allez ! Avance…
Qu’est-il à faire d’autre que « ça » ?
Va voir là-bas si tu y es, pour « être »…
Sois curieux ! pour « vivre encore ».

[2 / V / 2009]


[ POST-EXERGUES :
« Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. »
Guillaume d’Orange.

« Celui qui veut se trouver lui-même doit passer longtemps pour un homme perdu. »
Friedrich Nietzsche.