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Trois poèmes de la désillusion

vendredi 24 avril 2009, par Jean-Louis Cloët

Et la mort… est toujours renaissance, envol.


DANS TES YEUX

Dans tes yeux, papillons immenses,
qu’est-ce que je vois ?

— Je ne sais pas…

Je me vois. Je ne me vois pas.
Je me vois. Je ne me vois plus.

— Dans tes yeux, qu’est-ce que je vois ?…

Dans les ailes de tes yeux, je vois des yeux
qui palpitent, très lentement,
d’un mouvement imperceptible…

toujours comme au bord de l’envol.

[17 / I / 09]


L’OASIS

Quand la vie semble un désert, il faut se réjouir d’abord du silence… du silence enfin !

Quand la vie semble un désert, il faut remercier Dieu, Allah, d’avoir fait les dunes, les montagnes, l’une après l’autre, comme les vagues de la mer, comme hanche ou ventre de femme.

Quand la vie est un désert, il faut se faire de chaque pierre et de chaque grain de sable un ami, un ami unique et libre, qu’on ne peut retenir jamais, qu’on laisse rouler devant soi. Il faut bénir le vide, puisqu’il vous fait entrer dans la pensée du Vent et respirer avec le Monde quand il passe… puisqu’il vous fait rêver le Vent et penser sa respiration quand c’est le calme plat… puisqu’il nous fait être le Vent, et le rêve, et la pensée, et la respiration du Monde…

Quand la vie semble un désert, on est seul avec l’autre en soi, assez seul enfin pour qu’on le rencontre, assez seul enfin pour l’entendre, pour écouter ce qu’il nous dit de son désir de l’autre, et, du Grand Autre, qu’il voit toujours à travers lui.

Quand la vie est un désert : tout recommence enfin comme aux tout premiers jours du monde.

Quand la vie est un désert, il faut se dire à chaque instant, tranquille et confiant :

— Seul le chemin du désert mène à l’oasis.

Quand la vie est un désert, il faut marcher, se mettre en route, vers l’Est, vers l’Orient toujours !

[29 / IV / 08]


LES BOIS DE BOULEAUX

À l’infini,
jusqu’à perte de l’horizon,
il n’y a plus que des bois de bouleaux.

Le ciel ne se lève plus :
à quoi bon ?

Le Rossignol est mort gelé.
Les loups le mangeront s’ils veulent.

— Moi, je poursuis ma route au Nord.

[17 / II / 09]