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Haïkus flamands

mercredi 4 février 2009, par Jean-Louis Cloët

(1983)

***

« EN GUISE DE PRÉFACE » :
(1983 : dernier manuscrit orné de calligraphies adressé à Pierre Seghers. Il y en avait eu avant beaucoup d’autres. Il avait particulièrement apprécié ce dernier envoi.)

*1

L’araignée met son
filet. Nuit. Le jour de la
lampe se lève.

*2

Nuit de bure, mais
nuit-femme. Ô Lune ! Ô mame-
lon du seul sein nu !

*3

Oeil bridé de la
lune… un nuage : sa pau-
pière bleue de Khôl.

*4

Canicule de-
hors. Fraîcheur dedans. Soudain,
entre un bourdon d’or.

*4

Buissons de sureau.
Vent. Leurs fleurs qui s’envolent :
mille et cent gazés [1].

*5

À aubes, la roue
du vieux moulin, l’été : fraî-
cheur de la noria.

*6

Page d’eau, étang.
Un banc d’alevins écrit nos
deux noms lentement.

*7

Du bord de la ber-
ge un héron pique, pêche
sa propre image.

*8

Matois, tapi, pu-
ma, guépard, le chat bondit !

— Hop ! une floche...

*9

Lisière. Le so-
leil près, là-bas... Dieu qu’ils sont
longs les derniers pas [2] !

*10

Si petite, l’a-
raignée, sitôt morte ! El-
le, si grande alors !

*11

Cascades d’air, l’hi-
rondelle pêche. Déjà,
la chauve-souris…

*12

Bonheur, malheur, com-
me ombre et soleil ne sont grands
que si l’autre l’est.

*13

Passée du soir, des
canards passent. Bruit d’ailes
mat. Vent dans les blés.

*14

Un petit chien ? — Non,
l’oie qui geint, pleure un soleil
de plume égorgé.


(Hors classement) :

*

Pipitante une
pie passe. Ombre, suit un cor-
beau ; puis le silence.

*

Passée du soir. Au
second chant du merle, une au-
tre voix se tait qui parle.

*

Ce peu de neige :
une colombe s’était en-
dormie sur le toit.

*

Sur la plus haute
branche, la pie que j’ai sau-
vée, faisant un vœu.

*

Je l’ai sauvée fai-
sant un voeu, pie, au ciel, el-
le vole, voleuse.

*

Cascades d’air ; les martinets
pêchent dedans les éphémères ;
les chauve-souris les remplacent

*

Si petite l’a-
raignée sitôt morte, el-
le si grande alors !

*

Dans l’eau, pleure le
saule ; quand le vent taquin
le retrousse, il rit.

*

Pipitante, une pie passe ;
un corbeau suit ;
puis, le silence.

*

Pipitante, une
pie passe. Ombre, un corbeau suit.
Puis, le silence.

*

Sur la page d’eau de l’étang,
un banc d’alevins calligraphie,
lent, deux noms, opiniâtrement.

*

Le crépuscule s’installant,
l’araignée remaille sa toile :
jour de la lampe qui se lève

*

Grisaille. Honteux, le
soleil se cache dans les
robes du ciel gris.

*

La jeune-fille, ô
ses yeux : deux papillons bleus
sur la même fleur.

***


[1.— Papillons Aporia Cratægi, très répandus en Europe.

[2.— Varia : Lisière et soleil.