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La Peau

dimanche 25 janvier 2009, par Jean-Louis Cloët


C’est la peau qui pense en nous.
La tête n’y est pour rien.
La tête, non, n’y comprend rien ;
elle n’est pas partie prenante :
elle n’appréhende rien,
elle n’a de mains ni pour saisir, ni pour caresser, ni pour prendre,
ni pour donner, ni pour se battre, ni pour serrer à bras le corps…

C’est la peau qui pense, pas nous.
Il n’est de pensée qu’incarnée
qui dit : « Voici mon corps, voici mon sang : prenez, buvez et mangez ! »
Il n’est de pensée qu’irradiante,
que rayonnante, née de la ferveur des cinq sens
reliés par la circularité d’un sixième
Ange et péremptoire, léger,

— « Intuition » ou « Grâce », —
rapide
pour en faire un Soleil, une Roue Védique
qui tournerait dans l’autre sens…

C’est la peau qui pense, c’est tout.
Coller sa bouche au sexe aimé,
c’est écouter « la bouche d’ombre »,
boire la vie à la source.
Il n’y a de grande matrice que la grande matrice des cinq sens
pour féconder, chaste, reine, porter la vie,
pour accoucher de la promesse d’une aube enfin certaine,
partageable, qui ne soit pas qu’illusoire ;
il n’y a que la nuit du corps et de la peau
qui puisse enfin sans fin appeler
par-delà même les mains et les bouches ridées qui voudraient embrasser
encore.

Pour « manger » et pour « boire », il faut du « corps », il faut du « sang »…
il faut la peau, il faut des mains et des bouches.
Pour apprendre à nommer la vie
pour la traduire autrement : trésor de tous,
Soleil de Chair par-delà l’os,
il faut la chair,
Grand-Roue de l’Œil du Verbe-Roi
qui nous rêve encore, toujours,
qui nous prolonge,
qui nous étend enfin sans fin
sans fin,
demain,
jusqu’au cosmos.

[25 / I / 09]