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Et, toujours, l’Ultima Verba…

vendredi 16 janvier 2009, par Jean-Louis Cloët


Au commencement est le Verbe, et, au terme le Verbe aussi.
Il n’est jamais qu’une seule question dans toutes les histoires humaines :

— Qui va avoir le dernier mot, qui est le Maître du récit ?

C’est très vrai dans le couple même : on peut baiser comme des dieux, cela ne change rien ; les corps ne disent rien ; bien baiser ne signifie pas vraiment qu’on s’entend, si l’enjeu du pouvoir n’est pas débrouillé, si on ne sait qui doit, qui va, qui peut avoir le dernier mot ; si l’on ne sait si le pouvoir est partagé ou pas en somme ; car vivre, c’est se raconter.

Qui est le Maître du récit ?

— Telle est la question, toujours, oui ! Le monde entier est ce théâtre — un théâtre d’ombres — où chacun [ascètes exceptés] se met en scène pour tenter d’y gagner un sens, pour trouver un sens à sa vie.

Entre ceux qui s’inventent, ceux qui disent la vérité, le théâtre établit ses règles du jeu… toujours… d’emblée… sans coup férir.

Il y a ceux qui affabulent, ceux qui mentent inconsciemment pour tricher avec soi-même, pour s’inventer une image illusoirement…
En face, il y a les monstres froids qui jouent de l’affabulation pour qu’elle fasse œuvre sur autrui, les manipule, les enrôle dans une mise en scène et un rôle à leur insu ; conscients d’eux-mêmes, autant qu’on peut, eux affabulent pour le profit qu’ils peuvent tirer d’autrui.

Le grand théâtre de la vie est un théâtre où les candides, tenant les rôles d’ingénus, ont pour partenaires les pervers qui vont les éclairer enfin sur l’éternelle comédie — bourgeoise — des maîtres et des valets, des maîtres et des esclaves. Mais, vraiment, ce n’est pas un drame…

La comédie n’est tragédie que pour qui ne sait voir à temps, que c’est un vaudeville indécent qui se donne des allures de farce ; il fait envier les coulisses comme un havre de paix… la loge du souffleur pour un désolant purgatoire.

Au commencement est le Verbe, et, au terme est le Verbe aussi.

— Qui sera d’entre nous le Maître du récit ? Le Maître du récit est le Maître du temps qui passe, qui pourra modifier le passé à sa guise et prétendre sur l’avenir avoir demain quelque influence.

Pervers, naïfs, sur le théâtre : c’est l’éternelle comédie du jeu des maîtres, des valets, et des maîtres et des esclaves : de gens qui pleurent et gens qui rient.

[16 / I / 09]