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N’être rien

mardi 13 janvier 2009, par Jean-Louis Cloët


Ne plus vouloir écrire que sur le sable…

Espérer dès lors que le vent efface jusqu’au premier mot à peine tracé d’un doigt qui sait qu’il n’est qu’os et poussière…

Céder simplement à l’extase d’être de simple chair qui passe, fleurit, s’émeut et se défait.

Savoir qu’il n’est de lieu qu’en la rencontre qui se fait — cadeau du ciel ou du hasard — qu’il n’est jamais de terre que là ; or, que si l’on peut y rêver, y dormir un peu pour rêver, on n’est jamais que de passage, en route, en chemin, « homme bleu », embarqué dans la caravane.

Homme au désert, rien de plus : accepter de simplement vivre, de vivre, de mourir un jour… accepter de se voir passer ici-bas sans laisser de traces.

Ne plus emporter rien que le silence, que l’attente, que le désir encore pourtant, le désir encore, l’amour, et l’ébauche des premiers gestes… admettre que lorsqu’ils se risquent, le souvenir, lui, les dénoue : que rien ne peut-être noué, que rien ne dure enfin de fait que l’instable et la liberté.

S’installer dans l’impermanence.
Ne plus penser ni au futur, ni au passé.
Ne plus faire aucun projet : vivre du temps, du vent qui passe ; passer sans ne jamais rien regretter…

Ne trouver là ni dureté, ni amertume.
Être comme l’horizon qui vibre de chaleur et danse.
Ne plus regarder l’horizon mais l’air qui vibre et s’élance vers le ciel bleu, aspiré par le soleil qui le mange, le digère.

N’y rien trouver à redire.

— Car il nous reste à être sage.

[11 / I / 09]