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De l’acte créateur en peinture

lundi 30 juin 2008, par Jean-Louis Cloët


Un peintre peint avec de la lumière, et non avec des couleurs. C’est même là ce qui fait toute la différence entre un peintre et un illustrateur.

Le véritable artiste dissout à proprement parler la matière pour la transformer en ondes de vie.

Si le peintre — comme le sculpteur — ne parvient pas à transformer les traits, les lignes et les courbes, en mouvement, l’œuvre n’est pas advenue, elle n’est pas.

Si le peintre ne parvient pas à transformer les taches ou points ou traits de couleur en autant de foyers de lumière, qui explose ou implose, éclatante ou sourde, l’œuvre ne vibre pas.

Ce qui caractérise la vie, c’est le mouvement, la vibration et la chaleur. Or, la chaleur n’existe que par contraste. Un bon artiste doit donc dans son œuvre, où traits et taches s’annulent entre elles, se dissolvent… jouer sur les contrastes pour situer son spectateur, susciter sa projection au cœur de l’œuvre, entre la vie et la mort.

Une œuvre réussie, aboutie, bien conçue au fil des années et portée, puis accouchée au fil des mois, des semaines ou des heures, voire des minutes, voire des secondes, une œuvre est et n’est pas… tout à la fois, comme tout ce qui vit en ce monde. Il faut qu’elle apparaisse — d’emblée — à la fois comme une hésitation et comme un choix, comme une question radicale et en même temps une affirmation péremptoire de vie. Il faut que cette question-réponse, qui se questionne encore et se répond à l’infini, apparaisse au premier regard comme une évidence, c’est-à-dire comme un évidemment qui crée un espace de vie supplémentaire pour faire vivre et bouger l’esprit, notre esprit, pour nous permettre enfin de concevoir notre être propre et le porter, pour l’accoucher ensuite… : « autre ».

Une œuvre n’est en somme que si elle parvient à épouser — jusqu’à se confondre à lui — le principe de vie… jusqu’à se confondre au principe de vie… jusqu’à devenir en ce monde « l’origine du monde ».

Une œuvre n’est au monde, n’habite ce monde poétiquement et ne permet d’habiter ce monde poétiquement que si elle est ce vide, ce qui évide, ramène tout à l’essentiel… que si elle est cette oreille, ce sexe, qui suscite le désir de dire et de féconder, le désir de concevoir, de se concevoir… de voir enfin un monde naître, le monde, ce monde renaître… : enfin « nouveau » !

[30 juin 2008]