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Les Cœurs purs

jeudi 5 juin 2008, par Jean-Louis Cloët


Les cœurs purs ne sont pas anges vêtus de gaze d’Azur, de moires ocellées diaphanes flottant autour de corps de diamant asexués.

Ils ne planent pas sur la vie : ils sont dedans jusqu’au cou. Ils y sont noyés pour beaucoup ; ils y crèvent, mais y survivent pour garder l’Espérance vive pour l’honneur, pour le bien de tous…

Les cœurs purs sont faits d’argile, sont hommes, femmes, avec un sexe et ses désirs, et tous ont connu le péché.

C’est parce qu’ils savent le péché qu’ils inventent des rédemptions ; c’est parce qu’ils savent la pesanteur en fusion de toute culpabilité qu’ils professent que le pardon est bien plus vaste que les cœurs : qu’il les déborde, même et surtout lorsqu’ils se pensent morts et à jamais dévastés.

Les cœurs purs sont tous gens pratiques à la sagesse pragmatique : artisans patients et têtus, ils ont fait métier de la vie, et espèrent coûte que coûte, fiers, faire rendre gorge à sa matière ; ils entendent la réveiller clairon, tambour, la faire sonner comme ils l’entendent pour battre le rappel contre l’universelle horreur et l’universelle injustice où ce monde meurt.

Ils ne veulent qu’une chose en fait : la vie plus belle !…

et ils ne sont jamais vaincus quand le Mal contre eux se rebelle, et les accable… quand la médiocrité des faibles — qui dans le monde passent pour « forts » — veut les clouer au pilori, à la potence, les faire taire, les ridiculiser, prouver la vanité de leurs efforts contre la vanité, contre l’incurie triomphantes.

C’est bien parce que les cœurs purs connaissent la pesanteur du monde qu’ils lui opposent la légèreté qu’ils inventent…
C’est bien parce que les cœurs purs voient que la nuit est le jour imposé au monde qu’ils inventent tous ces foyers où se réinventera l’aube, l’aube un jour, qui chante, qui déjà chante, chante déjà, déjà oui, pour qui sait entendre.

— Ah ! je peux même envisager que les cœurs purs aient les mains sales, des mains salies pour être allé chercher quelque sœur, quelque frère tombé, poussé dans les égouts. Je peux envisager même qu’ils puissent tuer — au moins avec la bouche — les méchants sans remords jamais qui salissent tout, et qu’ils le fassent sans remords comme une chose sainte !

Les cœurs purs ne sont pas en paix : ils sont en guerre.

Les cœurs purs ne savent pas qu’ils sont purs, jamais. Les cœurs purs ne se sentent pas purs : ils ne se posent d’ailleurs jamais la question de savoir s’ils sont « purs » ou non. Est-ce là leur affaire ?… Il ne leur importe jamais qu’une chose, en tout lieu, en tout temps, en toute guerre, auprès de leurs frères, de leurs sœurs de sang : être justes, être solidaires.

— Tout le reste est vide et ratures !

[5 / VI / 08]