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Être une jeune Franco-Algérienne, aujourd’hui

mercredi 28 mai 2008, par Rachida T.

Continuons notre série « Être une jeune ou un jeune [ceci ou cela], aujourd’hui ». Après « Être un jeune Iranien, aujourd’hui », « Être une jeune Israëlienne, aujourd’hui », « Être une jeune Franco-Chinoise, aujourd’hui », « Être une jeune chanteuse lyrique, aujourd’hui »… une jeune Franco-Algérienne nous livre son expérience de l’immigration et nous rappelle combien — avec un esprit humaniste inébranlable — notre pays peut se dire enrichi par le métissage et par l’échange des cultures.


Je suis née dans un pays riche de traditions et de coutumes fortes, un pays ancré dans une Religion qui n’est pas la moindre : la Religion Musulmane.

À l’âge de trois ans, j’ai dû quitter ce pays à cause de menaces qui pesaient sur notre famille, que mes parents avaient reçues et provenant du Front Islamique du Salut.

Ma famille et moi avons trouvé l’asile politique en France. Je n’ai malheureusement aucun souvenir de la vie que j’ai pu connaître en Algérie, et, contrairement aux ressortissants et aux membres de nombreuses familles immigrées en France, je n’ai pas reçu d’éducation qui allait dans la continuité des valeurs de ce pays.

Mon père était en effet un intellectuel très renommé en Algérie, et il refusa même le poste de ministre de […] que le gouvernement lui avait proposé, car il était fortement opposé au gouvernement en place, et, à la Loi islamique qui s’exprimait selon lui de façon très abusive compte tenu de ce que disent véritablement Le Coran et Le Prophète qui prêchent la tolérance.

Par conséquent, j’ai toujours été élevée dans une mentalité très européenne, et mes parents m’ont renvoyée à mon « libre arbitre », y compris pour ce qui concerne mon choix en matière de Religion.

Bien entendu, mes parents m’ont inculqué des valeurs profondes, essentielles, mais les coutumes algériennes ne m’ont pas été imposées.

J’ai grandi en France, et je me sens ici parfaitement chez moi, malgré le fait que je sois issue de ce qu’on appelle « une famille d’immigrés ».

Je n’ai pas l’impression de venir d’ailleurs.

Comment pourrais-je me sentir « autre » alors que je n’ai jamais connu cet « autre pays » qu’on appelle « L’Algérie » ?

Bien sûr, j’ai en moi l’envie de découvrir l’Algérie, d’y aller — l’occasion ne s’est, hélas !, à ce jour jamais proposée à moi — ; mais, au jour d’aujourd’hui, les traditions qui sont les miennes sont françaises, et je me sens chaque jour davantage impliquée par les coutumes et la culture française que par la culture et les coutumes de mon pays d’origine.

C’est ainsi. C’est un fait.

« Franco-algérienne », je me sens avant tout « française ».

[mai 2008]