Accueil > On the rocks (sur le vif, nos billets d’humeur) > Collusions et collisions de commémorations

Collusions et collisions de commémorations

mercredi 14 mai 2008, par Jean-Louis Cloët


Dans « La Société du spectacle » dans laquelle — plus que jamais — nous barbotons et pataugeons : quel lien entre
1°) l’anniversaire du 10 mai 1968, date immortelle à laquelle un ensemble de potaches, dans une sorte de brouillon prophétique de la « Star Ac… » et du reality show à l’américaine, a joué à faire la Révolution à Paris, parce qu’il se sentait écouté par les radios et vu à la télévision…
2°) l’anniversaire du 10 mai 1948, création de l’État d’Israël…
3°) l’anniversaire des événements d’Alger du 13 et du 14 mai 1958, et, par conséquent, du retour de Général de Gaulle « aux affaires »…
4°) la nouvelle intervention médiatique de M. Nicolas Sarkozy, sixième Président de la Vème République, passant son temps depuis un an à faire des commémorations de ses discours de promesses électorales, et venu à nouveau expliquer aux provinciaux bouchés combien il « croi[t] au Capitalisme »… combien il « croi[t] à l’économie de marché »… combien il croit encore qu’il sera « le Président de l’augmentation du pouvoir d’achat »… combien il croit qu’« il faut travailler plus pour gagner plus »… [Simple question : avec tous ces « je crois » et sous toutes ces croix des espérances des Français : où se trouve encore la croissance, et surtout dans la poche de qui ?…]
5°) l’ouverture du soixante-et-unième festival de Cannes, avec bien sûr « Canal + » et « Le Grand Journal » — oh ! la la ! Immmense !… HÉNAURME, le JOURNAL — qui va couvrir l’événement (tout le monde voit la saillie ?… Elle est prophylactique à heure fixe : voyeurs à vos D.V.D.) ?…

Eh bien, figurez-vous, braves gens de France et d’ailleurs — travailleurs sans papier, planquez-vous !… travailleurs précaires et S.D.F. fermez-la, pour changer, car on est en train de vous compter dans les quotas de la baisse du chômage, soyez au moins sensible à l’honneur extrême qu’on vous fait, tas de branleurs — il y a deux intrus, deux erreurs : oui !… il y a deux commémorations qui ne sont pas du tout vendeuses et qu’on ne commémore pas ou presque, peu ou prou : la première : la création de l’État d’Israël — après tout Bush, notre modèle en matière de politique internationale et de politique économique-nique à nous ici en France, n’a rien su faire pour eux — et, la seconde : le retour aux affaires du vieux Général après une sorte de « Putsch démocratique », oui, surtout le retour du vieux Général…

Le retour de Cincinnatus est passé de mode : plus personne ne sait ce que c’est que l’Histoire ; on est décidément plongé dans la fiction et le virtuel comme seules « données objectives de la conscience » depuis 68, et la chose ne va pas en s’améliorant ; le dernier Cincinnatus est déjà empaillé au Musée de l’Homme depuis des lustres. Qui pourrait songer à l’idée de l’arrivée d’un homme providentiel, assez capable, assez cynique aussi au sens politique et machiavélique du terme, au meilleur sens du terme en somme, pour régler les problèmes du moment, et qui ne soit pas un dictateur, entendons-nous bien ? Mieux vaut ne pas en parler, non. Mieux vaut ne pas remuer le couteau dans les plaies qui ne se sont jamais refermées pour les Français d’Algérie et pour les Harkis, non plus, par ailleurs : on leur doit trop de choses… Plus personne ne croit à l’existence d’un homme providentiel. Pour qu’il ne se passe plus rien, il y a dû se passer quelque chose… Exit l’espérance du retour de la politique. Exit le retour d’un Chef d’État qui penserait son rôle en tant que Chef d’État d’abord, et, non en « gentil-organisateur » des intérêts des patrons français. On fait avec les vedettes du moment. On occupe l’antenne. On gave l’audimat qui mate et qui écoute « l’universel reportage » du rien et du néant. On occupe les gens. L’histrionisme en somme est la dernière valeur de l’Occident.