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Être une jeune Israëlienne, aujourd’hui

samedi 10 mai 2008, par Ashlayot Metukot

Alors que les Israëliens fêtent aujourd’hui le soixantième anniversaire de la création de l’État d’Israël, une jeune Israëlienne résidant en France témoigne de sa vie d’adolescente et de ses angoisses, de son quotidien et de ses espérances.


Être israëlienne aujourd’hui, c’est constamment se dire :

— Moi, je vais bien… mais qu’en est-il de mon pays ?

Ce pays, Israël, connaît en ce moment une situation alarmante. Après les nombreux attentats qui ont semé la panique à Jérusalem et à Haïfa et qui terrorisent de jour en jour davantage la population, qu’adviendra-t-il de Tel-Aviv et d’Eilat ? Les Israëliens sont sans cesse perturbés et ne savent plus en qui placer leur confiance et leur espérance : tant de chefs d’État les ont déjà déçus !… L’espoir d’un peuple est donc confié aux Forces Armées de Tsahal qui s’efforcent tant bien que mal de maintenir l’ordre et de rassurer la population.

Et vous allez-nous dire :

— Et les Palestiniens ?

— Sachez que nous sommes des Palestiniens de plus de deux mille ans !

Mais il existe une autre situation que celle que vivent les Israëliens en Israël : celle que vivent les Israëliens dans le monde : l’angoisse constante d’un coup de téléphone qui nous apprendrait la perte d’un être cher. Une partie de notre vie se résume en fait à demander des nouvelles, à chercher à savoir ce qui se passe.

Demander des nouvelles à la famille, aux amis, pour savoir si tout va bien ou plutôt si rien de grave ne s’est produit…
Demander des nouvelles, alors que lorsque nous allumons la télévision, c’est un film d’horreur local dont nous sommes les acteurs qui s’offre à nous. Et pourtant nous ne pouvons nous empêcher de regarder ces images et de nous dire :

— L’été dernier, j’étais exactement à cet endroit.
Et nous comprenons. Nous comprenons que lorsque le journaliste déclare :

— Il y a des blessés…
Cela signifie qu’il y a des morts, et que l’expression « état désespéré » signifie « lutte pour sa vie ».

Écouter la radio et ces témoignages atroces, ces pleurs et ces appels au secours, qui nous donnent envie de réagir… Mais, hélas ! ils nous font également comprendre qu’à part témoigner à notre tour, il n’y a pas grand chose que nous puissions faire.
Demander des nouvelles et annuler nos voyages, dire adieu aux vacances, à la famille et aux amis, car tant que la situation ne s’arrangera pas nous ne pouvons rien faire… juste être à l’écoute des nôtres, juste dire :

— À bientôt…
en ayant parfaite conscience qu’il n’en sera rien… pour le moment !

Pour nous, jeunes Israëliennes en France, il ne nous reste plus qu’à espérer. Et comme disait le poète Louis Aragon : « Celui qui croyait au ciel, / Celui qui n’y croyait pas […] » : l’une est croyante et se demande ce qu’il en est de Dieu, l’autre ne l’est pas et se demande ce qu’il en est de l’armée.