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Les Violettes

lundi 5 mai 2008, par Jean-Louis Cloët


Elles étaient de Toulouse ou de Parme toujours, joliment présentées dans de petits bouquets serrés, presque parfaits, liés par une ficelle blanche qui en entortillait les tiges… comme un ruban la natte lourde de cheveux noirs d’une Italienne dans les films où je découvrais les premières images de femmes pour moi troublantes, en ce tout début des années soixante, à la télé, au cinéma.

C’étaient des marchandes des quatre saisons qui les vendaient toujours sur la Grand Place de Lille : souvent de très vieilles femmes avec leur petite carriole à bras, leur petit étal ambulant qui pouvait être parfois de vieilles voitures d’enfant où elles mettaient leurs fleurs, leurs bouquets patiemment tressés, en lieu et place de l’enfant qu’elles avaient peut-être couché jadis à leur place, et qui devait être bien grand, les avait quittées depuis bien longtemps.

Chaque fois que nous passions sur la Grand Place, mes parents et moi, mes parents et ma sœur et moi, je me souviens : mon père ne manquait jamais d’aller furtivement acheter à l’une de ces vieilles un bouquet, un bouquet de violettes qu’il offrait à ma mère, de violettes de Parme, dont j’admirais la ficelle entortillée comme un ruban autour d’une natte de cheveux lourds…

Ma mère était si jeune alors.
Moi, j’étais en culotte courte…
Elle les aimait ses violettes !… J’avais parfois l’honneur insigne de les porter…

Je les aimais ces violettes. J’aimais plus encore les vieilles qui les vendaient, qui m’apparaissaient comme autant de vieilles fées bienfaisantes à qui la vie faisait le sort injuste puisqu’elles vendaient du bonheur, pour rien ou presque.
Je voyais combien mes parents s’aimaient.

[28 / IV / 08]