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Le Guetteur

lundi 5 mai 2008, par Jean-Louis Cloët


Je suis toujours debout… debout contre ma nuit, l’oreille collée contre, à écouter et à deviner ce qui vient.

C’est debout que je dors : je veille, j’espère ce qui vient.

Je salue toutes les aubes comme un guetteur solitaire. Je suis posté par le Destin.

Mon armée est celle des ombres, des morts qui me sont les plus chers, croisés ou non dans cette vie : je suis leur frère ou bien leur fils, le dernier des leurs, leur dernier ami, leur dernier représentant dans la vie, leur dernier témoin…
Pourtant, mon armée est celle du futur aussi : je sais que j’ai déjà, là-bas, des camarades — des sœurs, des frères, — dont je perçois parfois de loin en loin comme un écho déjà les voix, car ils m’appellent… Oh ! ils me hèlent !…
Seul, je suis seul à les entendre.

Je ne suis jamais seul. Ni au creux de la nuit, ni au petit matin, ni dans le désert vibrant de midi qui poudroie : je veille !…

Quand tu viendras vers moi, quand tu viendras enfin, je te verrai de loin… de loin !

— Il m’arrive déjà parfois d’entendre, pas à pas, tes pas.

Je ne dors jamais.
Veilleur, j’attends.

Je suis guetteur.

[26 / IV / 08]