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« I have a dream !… »

vendredi 4 avril 2008, par Jean-Louis Cloët

Comment ne pas célèbrer, en ce 4 avril 2008, Saint Martin Luther King, héros et martyr, pour montrer la brûlante actualité de son exemple à suivre ?…

«  I HAVE A DREAM !…  »

J’ai un rêve : le rêve que ceux qui rêvent reviennent, le rêve que ceux qui rêvent encore fassent enfin taire un peu ceux qui ne rêvent jamais et interdisent de rêver sous peine d’exclusion sociale, ou, même, souvent, sous peine de mort.

J’ai un rêve chevillé au corps et à l’âme : celui que les utopies qu’on nous a dit mortes — pour tenter par un subterfuge grossier d’en finir à jamais avec elles — relèvent la tête de la poussière du temps, des décombres de l’Occident, se déganguent de la boue de l’opprobre et du "politiquement correct", se dégagent du béton du prêt-à-penser et du pragmatisme froid du capitalisme sans âme, cynique, où on les a noyées… en invoquant comme arguments d’autorité des raisons tellement "valables" "historiquement" qu’elles ne manquent pas de faire penser qu’il s’agit là avant tout de les discréditer par un tour de passe-passe idéologique qui fait lui-même penser à la phrase du Docteur Goebbels : « Ce sont les plus gros mensonges qui prennent le mieux. »

Sans rêve, l’homme n’est rien qu’une machine à compter, à produire et à exploiter, un monstre froid qui repousse l’humanité qui est en soi comme une vieillerie obsolète, parce qu’il s’imagine avoir inventé l’univers avec sa rationalité, parce qu’il croit que le monde a commencé avec lui et qu’il pense pouvoir le soumettre, ou, s’il est du mauvais côté, qu’il se persuade qu’il est né depuis toujours « de race inférieure » et qu’il est inutile désormais de se révolter.

Très bientôt, on découvrira — l’inflation, liée à la crise financière américaine née de l’hystérie du profit à tout crin, aidant — que la mondialisation en place, sans en avoir l’air, est la pire forme de dictature qui ait jamais existé, la plus perverse : une dictature sans têtes, sans têtes à viser, à abattre, aux têtes cachées : la dictature la plus parfaite qui ait jamais été pensée et installée « de mains de maîtres » pour exploiter l’individu, le réifier et le ramener au servage le plus archaïque, comme si vingt siècles et plus de civilisations conjointes et complémentaires n’avaient jamais existé.

Quand, dans leur majorité, les peuples auront compris, auront vu comme une évidence dans leur vie la plus concrète, vers quoi on les mène, vers quoi on les tire doucement depuis ces dernières années, alors les temps seront mûrs pour qu’à deux battants se rouvrent les portes de l’Histoire qu’on disait fermées à jamais, pour qu’entrent à nouveau sur le théâtre du monde les rêveurs, pour contrer ou contrarier les démiurges.

Les errements monstrueux de l’entre-deux guerres, de la seconde guerre mondiale et du stalinisme, ont été le plus grand fonds de commerce idéologique pour les affairistes capitalistes qui ont vu là l’opportunité d’éradiquer toute contestation sociale, toute revendication radicale, toute idée de Révolution. Ils ont "tenté le coup" depuis les quarante dernières années — en accélérant le processus dernièrement, — avec l’aide d’intellectuels verreux, inconscients, idiots ou complices, professant le nihilisme idéologique et la toute puissance objective d’un capitalisme insurpassable, sous couvert d’empirisme pragmatique et de « real politic ». Le Bloc soviétique s’étant effondré et dissout — non sans justice, — ils ont cru le champ ouvert pour imposer au monde leurs oukases et leurs dictats, en se disant que désormais personne ne pourrait plus contrer leur main mise sur le monde, ni même la contester, d’autant plus qu’ils avaient perverti déjà depuis de nombreuses années, étape par étape, le monde culturel pour n’en faire plus qu’un marché.

Contrairement à ce que tous s’entendent à clamer, proclamer pour la seule sauvegarde de leurs seuls profits — puisqu’ils ont intérêts à ce que « L’Espoir » ainsi que l’appelait Malraux, « L’Espérance » ainsi que l’appelait Péguy, restent coulés dans le cercueil de béton, la chape de béton de la postmodernité — l’utopie est une idée neuve en Europe et en Occident.

Penser que l’utopie égalitaire, fraternitaire et libertaire, est à jamais fossoyée, est à peu près aussi absurde, aussi crétin, que d’avoir prétendu au premier, second et troisième siècles après Jésus-Christ, que le catholicisme n’avait aucun avenir, aucune chance de prospérer et de s’étendre, alors même que seize siècles durant l’Occident put se fonder sur lui pour se bâtir en partie, s’interroger.

Jamais le monde n’a eu autant besoin de rêveurs qu’aujourd’hui pour « faire face [1] » à ce qui nous attend, auprès de quoi — comme le disait Jean-Toussaint Desanti avant de mourir — « les horreurs du XXe siècle apparaîtront comme une joyeuse kermesse ».

Il nous faut des rêveurs pour inventer l’avenir et conjurer un destin sinon à venir et terrible. Le réel n’est jamais, quand il est progrès, invention… : que de l’irréel réalisé !…

Qui rêve bien sauve le monde, et porte l’humanité.

— Honneur aux Martin Luther-Kings !
On les attend ! On les espère !…
Soyons-en sûrs : il reviennent, ou, sinon, nous disparaîtrons.


[1.— Que Saint-Augustin m’autorise ce pieux emprunt.