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Être « au-delà »

samedi 8 mars 2008, par Jean-Louis Cloët


Souvent, ce qui s’interpose entre les amants, c’est le corps, le quiproquo du corps, le corps-même.
Car le corps est un quiproquo, souvent.

Le corps n’est jamais qu’un instant…
Le corps n’est que l’instant qui passe…

Il n’est pas « d’ici » ni de « maintenant ».

Ce qu’on caresse, c’est une âme :
l’être subtil inatteignable
qui se donne et qui nous échappe
au-delà des embrassements :
qu’« au-delà », nous entrevoyons.

Quand on aime vraiment, le corps ne vaut que par-delà ; quand les corps s’aiment vraiment, il sont déjà au-delà.

Il faut voir, il faut être « au-delà », toujours.
Au-delà des mots, au-delà des gestes,
au-delà des apparences…

au-delà de ce qu’on enlace,
au-delà de ce qu’on caresse…

au-delà de la tristesse,
au-delà même de la joie…

Ce ne sont pas des yeux qu’on aime :
c’est un regard ;
ce n’est pas une bouche qu’on aime :
c’est un sourire ;
ce n’est pas une voix qu’on aime :
c’est un ton ;
ce n’est pas un corps qu’on aime :
c’est une présence ;
il suffit que l’amour l’achève
pour qu’un visage échappe au temps…

En-deçà, par-delà, toujours…
Il faut être « au-delà » de soi,
de l’autre même que l’on aime,
pour l’aimer dans son devenir,
le savoir, le vouloir plus beau :
savoir qu’il se rejoint,
vouloir qu’il se rejoigne enfin,
se perdre en lui,
quoi qu’il advienne…
dire qu’un jour, on le rejoindra.

[6-19 / II / 08]