Accueil > Pères & Mères (nos modèles, nos héros, nos saints, nos valeurs) > Oncle Max

Oncle Max

mercredi 5 mars 2008, par Jean-Louis Cloët

Le 5 mars 1944, dans le camp de concentration français de transit de Drancy — antichambre d’Auschwitz — par lequel est passée une bonne partie des 75.000 Juifs de France assassinés, mourait le poète Max Jacob.


5 mars 1944.
Tu souries Max :
la « J’ai ta peau » l’a dans le cul !
"Max le Juif" s’est fait la belle
et lui a faussé compagnie
à Drancy, à Drancy-sur-Seine…

À Drancy-sur-peine,
désormais un Ange,
en peignoir jaune canari
avec des ailes d’organdi et de flanelle,
veille sur les petits Jésus juifs
et les petites Maries-Madeleines
qui n’auront pas temps de grandir…

Il leur raconte dans la nuit
les histoires de Frère Matorel :
ce Cafougnette un peu "youpin"
qui fait des pieds de nez au Diable
et qui pète au nez des crétins
surtout s’ils sont en vert-de-gris !…

Et, en s’endormant, les petits… rient, rient, rient, rient…
les petits dorment, dorment enfin,
n’entendent plus les cris des malades
ou des mourants,
oublient le bruit des autocars,
les bruits que font les coups de crosses
sur les nuques ou les dos juifs…
parce que l’Oncle Max

— tel Jacob devenu son Ange
ne faisant plus qu’un avec lui
pour mieux s’envoler jusqu’au Ciel —
sur leur tête agite ses ailes
et fait tomber des pluies d’étoiles !

[5 / III / 08]