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Le Rocher

dimanche 17 février 2008, par Frieda

Une nouvelle écrite par notre correspondante iranienne, Frieda, qui a choisi ce pseudonyme en référence à l’Œuvre de Franz Kafka qu’elle aime plus que tout.
Chacun appréciera la valeur allégorique d’un tel récit, où rien n’est dit, où tout n’est que suggéré de manière très poétique. Nous espérons d’autres textes de notre amie, et, d’ores et déjà, nous vous annonçons un dialogue à bâtons rompus avec elle qui s’intitulera : Entretiens avec Frieda ou Les Lettres persanes (Suite). Le premier entretien portera sur Franz Kafka et sur la réception de son Œuvre dans l’Iran d’hier et l’Iran d’aujourd’hui.

Ces jours sont loin, où je me dressais avec fierté…

C’est étonnant même que je sois encore debout : quel dommage ! Je
crois que d’ici peu, c’en sera fini de moi…

Il me cogne… cogne…
Il me cogne tellement, avant tant d’obstination, que je
n’en peux
plus.
Je pensais pouvoir le supporter. Je suis depuis longtemps debout, mais…
À l’instant même, je sens bien qu’il est là… qu’il me cerne ; et mon
corps ne peut plus supporter son poids…

Une lueur surgit dans le noir, soudain… : on dirait qu’Elles se
battent, L’Ombre et la Lumière…
[…] Je sens à nouveau sa présence.

La lumière, soudain, m’éclaire de partout, même ma face de nuit.

Ici, ceux qui sont toujours beaux, ont des ailes : ils sont libres !…
à ma différence.
En les regardant depuis toujours , j’ai l’impression de me
le conter pour la
première fois.

Eux, comme venus du passé, ils vont et viennent… Ils viennent en
visiteurs, ici-bas — comme des anges, — et leurs ailes donnent
l’impression de danser avec les vagues.

Je suis un témoin, un prisonnier. Je n’ai jamais compris quand
elles m’attrapèrent, les vagues.
Elles sont là… là, à seule fin de me détruire, à seule fin de me voir
avec jouissance réduit à l’état de captif,
sous un toit, qui, de sa fenêtre ne pourrait que regarder le monde,

sans pouvoir sortir, jusqu’à ce que son heure vienne…
C’est ainsi qu’elles me voient les vagues ; elles n’ont qu’un but :


me plonger au fond du gouffre, au fond du « Noir », jusqu’à ce qu’on
ne puisse plus distinguer rien, plus rien de moi.

[…] Pour la clarté, c’est à présent l’heure de partir, car les
couleurs bleues aux bords mordorés irisés m’ont soudain tourné le dos.
Toutes les beautés de la vie présentes sur Terre, me quittent…

[…] Cette fois, il me bat si fort que j’éclate en milliers
de morceaux qui
tombent à mes pieds, pleuvent et roulent,
disparaissent, glissent au gouffre… dans sa « Nuit »…

Mon cœur n’a plus de joie que celle de m’abstraire, noir aussi, de me
perdre dans ce noir total, noir comme ce moi cassé :
je me perds en lui, presqu’ avec délice…
et…
« Lui »,
l’ignore.


[14 Février 2008]
[traduction de Azadim & jean-louis Cloët]