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Les Perles

dimanche 3 février 2008, par Jean-Louis Cloët

Amie, Ami,
si, perdu dans le grand bain du monde, l’Océan, comme un naufragé par nature, les vagues, la vie te font avaler par paquets des impuretés, qui, tu penses, devraient t’empoissonner, tôt ou tard, te faire mourir… :


— ne maudis pas la vie !
Il faut toujours la remercier.
Reste à flots : continue à croire au soleil, continue à croire à la rive.
Ne te laisse pas couler.

Ferme la bouche, simplement.
Puis, fais comme l’huître : médite !… médite… médite au fil du temps.

Dans ta bouche close — digne, — dans ton âme polluée, dans ton cœur outragé, ressasse… ressasse, médite un à un comme autant de grains de sable, d’algues, de fragments d’épaves, toutes ces impuretés…
Puis, avec elles, grâce à elles, au fil du temps, égrène les secondes, les jours, les semaines, les mois, les années qui te séparent de la rive…
Ressasse, médite, reste muet…
Continue à croire à la rive.
Continue à croire à la vie.

Viendra le jour, où, tel Orphée, tel Orphée ou Ulysse enfin — naufragé, — tu accosteras sur quelque terre de fortune…
Viendra ce jour enfin où quelque grève t’accueillera,
quasi nu, certes, mais vivant.

Bientôt, il y aura quelqu’un sur la rive, ou quelqu’une, ou quelques-uns, comme venus pour t’accueillir. Ils te prendront pour quelque roi, voire quelque dieu perdu chez eux. Ils te demanderont le prix du passage, ils te demanderont l’octroi…

Naufragé depuis tant d’années, à peine échappé du ressac, toi, tu croiras que tu n’as rien…

Tu ouvriras la bouche alors pour le leur dire, leur cracher ton passé de tempêtes, te libérer enfin du poids de tout un passé ressassé, d’un coup…
Et, contre toute attente alors — ou noires, ou blanches, peu importe — un flot de perles sortira.

Dès lors, ton odyssée, Amie, Ami, sera payée…
toujours et pour jamais,
et pour demain…

pour le bonheur de tous,
pour la richesse de ce monde…

[3 / II / 08]